Belgique

C’est un des crimes les plus mystérieux de la fin du siècle dernier. Un des plus horribles. Et un de ces crimes qui a nourri les fantasmes : dans la foulée de l’affaire Dutroux, une jeune femme avait dit qu’elle avait assisté à la mise à mort de Christine Van Hees et que Marc Dutroux et Michel Nihoul étaient impliqués.

La justice n’élucidera pas la mort de cette écolière de 16 ans, car, comme le révélait hier "La Dernière Heure", le parquet de Bruxelles a décidé de classer sans suite le dossier ouvert le 13 février 1984. La justice n’a pas trouvé d’auteur et le dossier sera prescrit le 14 février prochain, 30 ans après les faits. Les parents de Christine Van Hees en ont été informés par le parquet.

Une mort atroce

Tout débute le 13 février 1984. Peu avant 21h00, la police d’Auderghem reçoit un appel pour un incendie dans les environs du boulevard du Triomphe, près du campus partagé par l’ULB et la VUB. Il y a deux foyers d’incendie : le premier dans une maison abandonnée, le second dans les caves d’une champignonnière désaffectée toute proche. Les policiers se font guider dans un labyrinthe de couloirs. Ils débouchent sur une cave de 50 m sur 5 où gît au centre le corps calciné d’une jeune fille, couchée sur le ventre. Un câble électrique est enroulé autour de son cou. Il est relié à ses jambes, repliées vers l’arrière. Un clou est planté dans un poignet. Il y a deux trous à l’arrière du crâne. La victime n’a plus de mains et ses jambes sont abîmées.

Christine Van Hees est identifiée par ses bijoux. Cette écolière de 16 ans, inscrite dans une école d’Anderlecht, habitait avec ses parents libraires à quelques centaines de mètres des lieux. Elle avait quitté l’école à 16h30 avec une amie. Elles ont fait du shopping et se sont séparées une heure plus tard dans une ligne de métro vers Pétillon, soit non loin du lieu de la découverte du corps.

Christine Van Hees a été étranglée, montre l’autopsie. L’affaire provoque un émoi considérable. Deux mois plus tard, l’enquête se dirige vers un punk de 21 ans. Alain dit qu’un autre - Petit Tondu - s’est vanté d’avoir fait le coup. L’enquête s’oriente vers ce groupe de marginaux, âgés de 16 à 22 ans, qui évolue dans une galerie commerciale du centre de Bruxelles. Un membre du groupe, surnommé l’Iroquois, est arrêté. Il nie, avant de désigner Alain et deux autres : ils auraient fait fumer Christine avant de la violer et de la tuer. Il se rétractera, donnera des dizaines de versions et restera détenu 39 mois. La justice creuse, puis se ravise. Cette petite clique obtient un non-lieu en 1990.

Le dossier refera la Une, en janvier 1997, quelques mois après l’arrestation de Marc Dutroux. On apprend alors que Régina Louf - alias X1 - a raconté aux enquêteurs de Neufchâteau qu’elle a assisté à la mise à mort de Christine Van Hees et de deux autres adolescentes disparues.

Elle désigne Dutroux et Michel Nihoul, affirmant qu’il l’a violée. Rien ne permettra d’étayer son récit bourré de contradictions. En 1998, la justice balaie définitivement son pseudo-témoignage - mêlant satanisme, tortures, supplices - qui avait trouvé un écho dans le climat de l’après-Dutroux où l’on avait découvert que les limites de l’horreur devaient être repoussées.

Un quatrième juge d’instruction remet l’ouvrage sur le métier en 2011. Il interroge 15 personnes et commande des analyses ADN. Sans succès.