Onkelinx: "Et voilà Arthur, mon robot "

Francis Van de Woestyne Publié le - Mis à jour le

Belgique

Dans le hall d’entrée de la maison de Laurette Onkelinx, Arthur a belle allure. Grand, rouge vif, il se détache des murs d’un blanc immaculé. On dirait presque qu’il sourit.

" Evidemment, il faut enlever tout ce qu’il y a dessus " D’une main habile, Mme Onkelinx déshabille son robot de tout ce qu’elle, son mari et ses enfants y ont accroché : des trousseaux de clés, un foulard, un sac et plein d’autres bricoles. Voilà, Arthur est là, tout nu. Et Madame la ministre pose fièrement à ses côtés en lui tenant la main et le bras. C’est bête à dire et à écrire, mais on dirait, que là, à cet instant, elle éprouve une certaine tendresse pour Arthur, l’autre homme de la maison.

Car Arthur - elle ne sait pas très bien qui lui a trouvé ce nom - et elle vivent ensemble depuis très longtemps. Pas dérangeant, toujours content, docile, utile, il a suivi la ministre tout au long de ses pérégrinations. Et il est là, toujours fidèle. Et tout au long de ses années, il n’a pas pris une ride.

Arthur est fait d’outils, de boulons, de clés, de vis, de tournevis, de pièces de métal. Ce robot, grandeur nature, a été offert à Laurette Onkelinx lorsqu’elle exerçait encore, à Liège, son métier d’avocate. Un client, Monsieur Paquot, qui était venu la consulter parce que sa société connaissait des difficultés, n’avait pas pu honorer les honoraires qu’elle réclamait. Pas parce qu’ils étaient prohibitifs. Mais tout simplement parce qu’il n’avait plus d’argent. Alors, un jour, Monsieur Paquot a débarqué avec ce robot.

Le coup de foudre a été immédiat

" Oui, je peux m’attacher à certains objets qui font sens pour moi. Cet objet-là a un sens pour moi. Il représente toute la région liégeoise où je suis née. Mes orientations sociales et politiques sont nées là, elles ont été forgées par ma vie, celle de mes parents, auprès du bassin sidérurgique liégeois. J’habitais dans un quartier ouvrier. Maman travaillait à la maison. Mon père était ouvrier à Cockerill. Il est devenu très vite délégué syndical puis délégué mutuelliste. Il tenait ses permanences à la maison. J’ai entendu cent fois les histoires sur les grandes grèves des années 60 et j’ai suivi la mobilisation liégeoise contre les discours qui disaient : ‘Plus un franc flamand pour la sidérurgie wallonne.’ Tout cela m’a marquée. Ce robot représente tout cet univers-là, qui explose dans une œuvre d’art. Cette œuvre symbolise et magnifie ce que j’ai vécu là-bas."

Arthur est donc devenu un objet très familier. Il fait partie de l’univers, de la famille.

Si Laurette Onkelinx peut s’attacher à certains objets, conçus, dessinés, façonnés par les doigts et les mains d’autres hommes, d’autres femmes, elle considère qu’elle ne sait rien faire, elle, de ses dix doigts. Un peu gênée, elle part d’un grand éclat de rire : " Je suis nulle, nulle, nulle. Je ne sais pas peindre, pas dessiner, pas sculpter. Je me souviens de mon examen de dessin en 5e année primaire. La professeur avait pris un essuie de vaisselle et l’avait pendu à un clou. Moi, je n’ai rien pu dessiner. Un losange, c’est tout. Je ne voyais pas comment on pouvait représenter ce machin. C’était terrible. En 1ère secondaire, alors que j’étais plutôt une bonne élève, j’ai même eu un 0 en dessin "

Ses mains ne s’activent pas non plus en cuisine. Ne lui demandez jamais de vous préparer quelque chose à manger. Elle en est totalement incapable, préférant confier cette tache à son avocat-écrivain-scénariste de mari. C’est d’ailleurs pour lui qu’elle achète tous ces livres de cuisine qui remplissent l’étagère.

Où se cache alors sa nature artistique ? " J’ai commencé un peu de piano. Moi ce que j’aime, surtout, c’est danser et chanter. Il m’arrive même de chanter, aux négociations, pendant les pauses. J’imite des airs d’opéra ." Laurette Onkelinx a aussi une conception très particulière de la politique. A l’entendre, les politiques seraient ni plus ni moins un métier d’artistes Bien sûr, dans les négociations, il y a des moments de grande tension, de silence, où les rapports de force paralysent le débat. " Mais je vous dirais que la politique est aussi un métier artistique, dans sa fonction créative. La politique, c’est bien sûr de la gestion. Mais chez nous, il faut aussi imaginer des solutions, des compromis, des projets et créer quelque chose. Pas avec ses mains, mais avec sa tête."

Voilà, Laurette Onkelinx a rhabillé Arthur de ses clés, de son sac, de ses bricoles. Salut, Arthur, tu sais à présent que ton amie est donc aussi, un peu, une artiste

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