Belgique

Le politologue Régis Dandoy (ULB, université Waseda au Japon) décode le mode opératoire de la campagne "Not in my name".

Des milliers de panneaux publicitaires détournés en une seule nuit par des centaines d’activistes dans le plus grand secret… Pourquoi passer par une telle logistique ?

La communication est entrée dans l’ère du buzz. Il faut créer un événement médiatique pour espérer qu’une cause ou qu’une opinion politique soit relayée. Les Femen, par exemple, l’ont bien compris : elles surgissent seins nus pour faire parler de leurs revendications féministes. Greenpeace fait la même chose lorsque ses militants repeignent en vert le rond-point Schuman. Idem pour les intrusions dans des centrales nucléaires. Tout cela, ce sont des opérations coup-de-poing destinées à frapper les esprits. Mais c’est toute la société qui fonctionne comme cela. L’information d’il y a deux jours n’en est plus une. C’est le règne de l’immédiateté. Les associations, les ONG, les partis, l’ont bien compris et en jouent.

Est-ce que cela fonctionne mieux que les "manifs" classiques ?

Pour que ces actions marchent, il faut qu’elles soient multimodales, il faut toucher le public de différentes façons et imprégner les cerveaux. Derrière ces opérations, il doit par exemple y avoir un site Internet déjà prêt qui donnera plus d’informations aux personnes dont l’attention a été attirée. Attention, il ne faut pas se tromper : ces campagnes ont un coût important. Acheter un espace publicitaire dans un journal coûte moins cher. Derrière l’organisation de ces buzz, il y a toute une logistique, un staff, une planification. Parfois même, une agence de com’.

Ces buzz ont un côté sympathique, bien souvent. Il n’y a plus de place de nos jours pour la violence revendicative d’une manifestation ?

Au contraire, ces événements jouent sur la légalité. Ils sont souvent "borderline". C’est cela qui fonctionne et les organisations qui créent ces buzz savent très bien jusqu’où elles peuvent aller. Lorsque des militants pénètrent sur le site d’une centrale, ils savent que c’est interdit et que cela va faire parler d’eux. Mais ils savent aussi qu’en cas de procès, le juge sera complaisant car ils n’avaient pas de mauvaises intentions. D’ailleurs, un procès mettrait encore un peu plus en lumière leur cause.