Belgique

Vous prendrez bien un de nos hélicoptères ? Alors que la grogne monte chez les pilotes d'hélicoptère du Wing Héli de Bierset - envoyés au Bénin afin d'assurer la vente d'hélicoptères Agusta A-109 de l'armée belge -, le ministre de la Défense André Flahaut (PS) assume parfaitement son rôle de chef de magasin. "Ces militaires sont là pour préparer la vente de deux, voire de quatre, hélicoptères au Bénin, détaille-t-il, interrogé depuis l'Angola. C'est une démarche entreprise pour liquider le matériel excédentaire qui ne correspond plus aux ambitions qui sont les nôtres" - dans l'Armée belge. "Je propose à certains pays la vente d'hélicoptères", dit-il. Et d'indiquer que le Niger est, lui, "très intéressé par l'achat d'hélicoptères Alouette" pour la pulvérisation contre les criquets pèlerins.

Un groupe de 17 personnes (pilotes, mécaniciens...) du Wing Héli de Bierset est actuellement à Cotonou à la disposition du président Thomas Yayi Boni pour accompagner les deux hélicoptères A-109. Et le statut hybride de ces militaires "commerciaux" est dénoncé par les syndicats. "C'est un système tordu pour justifier le fait d'avoir des pilotes là-bas, lâche Thierry Camberlin, commandant au Wing de Bierset et membre du FLFP (syndicat libéral). On a dit qu'ils auraient des entraînements, mais, en réalité, ils sont en stand-by non-stop et au service personnalisé du Président. Et on ne veut pas admettre qu'ils sont en mission opérationnelle. Ce n'est pas honnête". "Nous sommes chargés de vendre les hélicos mais aussi d'assurer le service après-vente, la formation de leurs pilotes et de leurs mécaniciens", relève Yvan Monie, officier pilote à Bierset et membre du CGPM, un syndicat apolitique.

"J'appellerai le Président"

"On quitte Cotonou, de jour comme de nuit, selon le bon vouloir de la présidence", explique Yvan Monie. "Il y a des règles et s'il y a des plaintes à formuler, qu'ils s'adressent à moi, tonne André Flahaut. Et je téléphonerai au président du Bénin". Rappel, le Bénin, pays d'Afrique occidentale, est le chouchou de la coopération militaire belge.

Un statut "opérationnel" permettrait aux pilotes de Bierset de voir leur salaire revu à la hausse de 30 pc pendant le mois que dure la mission. Cette mission béninoise doit durer jusqu'à la fin 2007 et, chaque mois, une relève est assurée au départ de Bierset. Problème, après deux tours, les volontaires viennent déjà à manquer... Une personne a été désignée d'office pour partir à la fin janvier. "Au début, on était contents d'aller voir le Bénin. Maintenant, on se rend compte que l'on nous paie de manière folklorique, donc il n'y a plus de candidats", constate Yvan Monie. En Lituanie, les pilotes des F-16 belges ont, eux, le statut "opérationnel".

"Surcapacité à Bierset"

Et puis, va-t-on remplacer les hélicoptères Agusta s'ils sont vendus au Bénin ? La question inquiète les militaires du Wing Héli de Bierset. La réponse est non : les 32 hélicoptères (Agusta et Alouette) opérationnels sur le tarmac liégeois constituent "une surcapacité", indique André Flahaut. "Ce sont des hélicoptères que nous avons en surplus, insiste le ministre alors que les syndicats militaires s'opposent à la vente de ces appareils. C'est encore aux décideurs à estimer ce dont nous avons besoin exactement pour être opérationnel, . Avec des mentalités comme celles-là, on nous ferait acheter 48 ou 50 hélicos avant de se demander si on en a réellement besoin !"

"C'est une grande première, estime Emmanuel Jacob, Secrétaire général de la Centrale générale du personnel militaire (CGPM). Non seulement nos militaires sont devenus des représentants de commerce. Mais en plus la Défense vend du matériel opérationnel".

© La Libre Belgique 2007