Belgique

L’attentat manqué du 25 décembre 2009 à bord du vol Amsterdam-Detroit a relancé le débat sur l’introduction dans les aéroports des "body scanners", ces appareils qui "déshabillent" complètement les passagers qui se soumettent à son contrôle. La Commission européenne avait lancé en 2008 une initiative pour les promouvoir, mais face à l’opposition de l’Allemagne et d’une majorité d’eurodéputés, elle avait fini par y renoncer. Ce jeudi, le comité d’experts européens chargés de la sécurité aérienne se penchera sur l’attentat manqué de fin décembre et la question des scanners corporels sera évoquée. Selon une porte-parole de la Commission européenne, la réunion ne donnera pas lieu à des décisions. Dans les prochaines semaines, d’autres réunions techniques et politiques devront permettre de définir les mesures à prendre.

En Belgique, en l’absence d’une législation européenne encadrant le recours aux scanners corporels, les autorités refusent d’autoriser leur usage dans nos aéroports principalement à Bruxelles-National. "On n’a pas envie de risquer un conflit entre les règles européennes et la législation belge", a précisé le porte-parole d’Etienne Schouppe (CD & V), le secrétaire d’Etat à la Mobilité.

Du côté de BAC, l’ex-Biac, la société gestionnaire de Brussels Airport, on indique qu’il revient à la direction générale du transport aérien de se positionner sur la question. Et on rappelle les problèmes que soulève le recours aux "body scanners". Il y a notamment la protection de la vie privée et son impact sur la santé des individus en raison notamment d’éventuelles irradiations. Mais il y a également le coût de l’investissement à faire et qui peut s’élever à quelques millions d’euros, dit-on.

En attendant, seuls quelques mesures supplémentaires sont appliquées dans les terminaux de Brussels Airport : deuxième fouille manuelle aux portes d’embarquement (après les contrôles habituels) de tous les passagers en route vers les USA. Et surtout, davantage de vigilance. Securitas, l’une des plus importantes sociétés de prestation de services de sûreté, utilise déjà des chiens renifleurs pour sonder les bagages en soutes, notamment pour les vols de Jetairways et DAT. Outre à Bruxelles-National, ses agents sont aussi présents dans près de 120 aéroports dans le monde. Mais la question est de savoir si ces mesures supplémentaires seront suffisantes pour rassurer les passagers et dissuader les criminels.

Cependant, les professionnels qui prestent des services de sûreté dans les aéroports y sont favorables. "Le scanner corporel est une technologie plus avancée que le système actuel des portiques de détection des métaux. D’un point de vue de sûreté, elle peut garantir la détection de toutes sortes d’objet, mais y avoir recours doit se faire dans le cadre d’une réflexion globale. Car outre les passagers, il y a aussi la problématique du fret et des bagages en soutes", nous a confié un professionnel de la sûreté aéroportuaire.

Parallèlement aux scanners corporels, il y a aussi d’autres technologies de détection des explosifs et de la drogue par l’odeur.

En France, le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a annoncé, hier mercredi, que le président Nicolas Sarkozy avait demandé à un groupe de travail de rendre des propositions sur les scanners corporels dans les aéroports "dans moins d’un mois". Mais la direction générale de l’Aviation civile (DGAC) a d’ores et déjà annoncé qu’elle expérimentera ces scanners "dans les meilleurs délais", notamment dans les aéroports parisiens. Elle a d’ailleurs précisé que des "appareils devraient être installés prochainement pour expérimentation" à Aéroports de Paris (ADP). Pour ses dirigeants, ces scanners ont montré leur "très large supériorité" par rapport à la technologie actuellement déployée.