Belgique

La N-VA de Bart De Wever allait-elle confirmer la percée réalisée en 2012 pour les communales ? Le ténor des indépendantistes s’était montré prudent, en affirmant régulièrement qu’on ne passait par si facilement de “la rue de la loi” à “la rue du village”. Les résultats entérinés en fin de soirée ne lui ont pas donné tort. “La N-VA fait certes un bon score à Anvers” (35,3 % en 2018, contre 37,7 % en 2012, NDLR) mais peine à s’étendre dans les grandes villes, explique le politologue flamand Dave Sinardet. Mais à Anvers, qui reste symbolique, la N-VA peut dire à merci à la distribution des sièges. Malgré la perte de plus de 2 %, ils gardent 23 sièges, comme en 2012. Le parti de Bart De Wever peut donc reconduire la majorité de centre-droit, de justesse : 28 sièges sur 55. Il faudra voir comment la grosse croissance de Groen (18,1 %) pourra être prise en compte”, selon Dave Sinardet. “Il y a beaucoup de coalitions possibles dans cette ville mais aucune sans la N-VA”, a d’ailleurs réagi Bart De Wever en fin de soirée. Kris Peeters, grand perdant de cette bataille, a reconnu la défaite. "Nous avons travaillé dur, nous nous sommes battus durement. Si l'on compare ces résultats aux sondages de 2011, alors on est en net progrès. On peut toujours faire mieux, mais on n'a pas fait moins." Ayant jugé avant l'élection pouvoir être bourgmestre avec 5% des voix à peine (grâce à une large coalition), M. Peeters a reconnu dimanche soir qu'il n'en serait finalement rien. "Nous devons reconnaître que c'était un peu irréaliste...", a-t-il concédé. Malgré ces résultats mitigés, M. Peeters estime que le CD&V sera malgré tout dans les discussions pour former une nouvelle coalition dans la ville portuaire.

Les ténors flamands de la N-VA ont plutôt bien presté, cela dit : Zuhal Demir, secrétaire d’État (lutte contre la pauvreté) a progressé de 10 % à Genk entre 2012 et 2018. Le ministre de l’intérieur Jan Jambon obtient presque la majorité absolue à Brasschaat (près d’Anvers) avec 44,2 % des voix. Quant à Theo Francken, secrétaire d’Etat à la politique d’asile, il a très bien presté à Lubbeek, la liste N-VA passant de 24 à 34,5 %.

Malgré tout, la N-VA ne connaît pas le raz-de-marée attendu, “ce qui s’explique en partie par le scandale “Schield&Vrienden”, estimait Marc De Vos, politologue flamand sur les ondes de Radio 1.

Le CD&V toujours devant

Globalement, malgré des résultats de bonne tenue, les nationalistes n’ont pas réussi à se rapprocher significativement des chrétiens démocrates du CD&V, qui restent n°1 de l’ancrage local en Flandre. Pour preuve de ce “match” entre les deux formations, CD&V et la N-VA semblaient se partager la victoire pour les élections provinciales dans les cinq provinces flamandes après dépouillement de trois quarts des bureaux de vote !

Un autre des gros enjeux résidait dans la tenue des socialistes du sp.a de John Crombez, en indélicatesse avec son poste de président de parti. Malgré des pertes de sièges significatives, les socialistes flamands sont en mesure de garder quelques bastions importants, comme Leuven et Ostende (mais le VLD de Bart Tommelein y a connu la plus forte ascension...). Le président du sp.a, John Crombez, a déclaré dimanche voir "une image contrastée" dans les résultats des élections communales et provinciales. "A certains endroits nous avons quelque peu perdu, mais à d'autres nous nous en tirons bien", a-t-il affirmé sur le plateau de la chaîne de télévision publique flamande VRT. Mais ce n'était pas la joie en coulisses...

Groen, en revanche, a le vent en poupe. Selon la présidente Meyrem Almaci, “Groen a réussi à obtenir 50 % de conseillers communaux en plus qu’en 2012”. "C'est de bon augure dans la perspective des fédérales", a surenchérie Kristof Calvo, député fédéral. Quant au VLD, il semble maintenir lui aussi un ancrage fort. La présidente de l’Open Vld, Gwendolyn Rutten, a d’ailleurs évoqué “une accélération pour les bleus”. “Les victoires de Bart Somers (Malines) et Vincent Van Quickenborne (Courtrai) sont surtout marquantes”, conclut Dave Sinardet. 

Et en sièges alors ?

D'après une étude parue vers 23h00, la KUL a projeté ce que ces communales donneraient, en sièges, à la Chambre et au Parlement fédéral :

• La N-VA reste le plus grand parti, mais perd respectivement neuf et onze sièges à la Chambre et au Parlement flamand.

• Les progrès du Vlaams Belang se traduisent par une augmentation de sept sièges à la Chambre et de onze sièges au Parlement flamand.

• Pour Groen, on note une augmentation de six sièges à la Chambre et de huit sièges au Parlement flamand.

• La coalition actuelle au niveau fédéral n'obtient plus la majorité à la Chambre ! Les pertes encourues par la N-VA et le MR (trois sièges de moins) font que la suédoise est en minorité (73 sièges sur 150).

• La coalition suédoise actuelle au niveau flamand est la seule formule qui obtient une majorité de sièges au Parlement flamand.

• Du côté francophone, Ecolo et PTB font un grand saut. Ecolo remporte cinq sièges à la Chambre et neuf au Parlement wallon. La PTB obtient à son tour cinq sièges à la Chambre et huit au Parlement wallon.