Belgique

Du haut de ses 67 ans, le professeur d’économie Paul De Grauwe a toujours des allures de jeune homme. En cette fin de mois d’août, il est venu dans son bureau à la KUL de la Naamsestraat à vélo. L’homme a beau avoir un parcours d’académicien prestigieux aux quatre coins de la planète qui l’a conduit récemment jusqu’à la London School of Economics, il reste simple et facilement abordable. 

Il a aussi le mérite de ne pas avoir la langue de bois. Même quand il fut sénateur Open VLD, il n’avait pas peur de critiquer la politique monétaire européenne. Eduqué dans un milieu catholitique notamment chez les jésuites de l’école St Jan Berchmans à Bruxelles, il dit se sentir avant tout "libéral""Je crois que le système de marché doit être à la base de l’organisation de l’économie", explique-t-il. Mais, il reconnaît aussi que le capitalisme est la source de "beaucoup d’instabilités" surtout à cause des marchés financiers qui passent de phases euphoriques à des moment de dép rimes sévères. Il faut donc un effet stabilisateur. "Je ne crois plus à l’auto-stabilisation. J’ai perdu cette croyance. Dans ce sens-là, je suis un keynesien convaincu", avoue-t-il.AvC

Quelle serait votre définition de la Belgique ?

Je la définirais comme un ensemble de gens avec des cultures différentes. Cela entraîne aussi bien des problèmes que des richesses.

Quelles sont les choses qui doivent changer dans notre pays dans les années qui viennent ?

Il faut plus de tolérance par rapport à l’autre. Cela veut dire moins de mythes comme quand une certaine partie de la Flandre voit la Wallonie surtout socialiste comme l’émanation du diable. Sans doute de tels mythes vis-à-vis de la Flandre existent-ils du côté wallon. Je dirais qu’il faut aussi plus de transparence dans la façon dont les décisions sont prises, notamment au niveau politique.

Quelle est la réforme prioritaire et urgente dont la Belgique a besoin ?

On a fait assez de réformes institutionnelles. Celles-ci n’ont pas été dominées par une volonté d’augmenter l’efficacité de la gouvernance en Belgique mais par un agenda politique. L’agenda de ceux qui prônaient la scission du pays. Il y a un grand manque d’efficacité de certaines institutions. La Justice par exemple est tellement désuète. Quand on voit les classements de compétitivité, c’est toujours l’inefficacité du secteur public qui est mise en avant. A ce niveau, on est vraiment comme un pays du Sud…

De nombreux commentateurs pensent que 2014, avec les élections fédérales et régionales, sera une année décisive pour l’avenir de la Belgique. Est-ce votre sentiment ?

Je ne crois pas que les élections qui se profilent sont les plus importantes. Bien sûr, elles sont importantes, mais il ne faut pas exagérer.

Le Belge est-il conservateur ou progressiste ?

Peut-on parler du Belge ? C’est comme quand on parle de la moyenne par exemple entre deux personnes qui font 1m60 et 2m20, la moyenne est environ 1m85. Cela ne veut rien dire. Il y a en Belgique une partie substantielle qui est conservatrice à propos des questions économiques, éthiques. Une autre partie ne l’est pas. Il y a un peu de dualisme que l’on retrouve dans beaucoup de pays.


L'intégralité de l'entretien avec l'économiste Paul De Grauwe dans votre Libre du jour.