Belgique L’ISPPC est un acteur important de la santé dans la région de Charleroi.

Dans la tourmente depuis mardi matin, l’ISPPC (intercommunale de santé publique du Pays de Charleroi) se voit placé sous tutelle par le gouvernement wallon qui a décidé d’envoyer un manager de crise au sein de l’institution. Une décision pilotée par le ministre-président Paul Magnette (PS) et par le ministre, Pierre-Yves Dermagne (PS). "Je ne transigerai pas avec les exigences de bonne gouvernance", explique Magnette. C’est le 30 juin 2000 que naît officiellement l’ISPPC issus de la fusion de deux intercommunales (IOS et AISBS) et des hôpitaux gérés par le CPAS de Charleroi. L’ISPPC gère un secteur hospitalier ainsi qu’un secteur non hospitalier (voir ci-contre). Un partenariat existe aussi depuis 2004 avec l’intercommunale qui gère le Centre de santé des Fagnes (Chimay). Une autre a été signée en 2010 avec le CHU Tivoli (La Louvière) et le CHU Ambroise Paré (Mons). Un partenariat existe aussi avec une clinique du Burkina Faso.

Vingt-cinq administrateurs

En 2014, l’hôpital civil qui était installé dans le centre-ville de Charleroi a déménagé vers un bâtiment ultramoderne construit à Lodelinsart, en bordure de la Ville. A la tête de l’intercommunale, on retrouve un conseil d’administration composé de 25 membres. Le président est Nicolas Tzanetatos (MR), avocat à Charleroi, conseiller communal et député wallon. Les vice-présidents sont Anthony Dufrane (PS), Thomas Salden (MR), Véronique Salvi (CDH), Daniel Vanderlick (PS) et Bernard Van Dyck (PS). Parmi les administrateurs figurent un certain nombre d’amateurs de mandats comme les libéraux, Caroline Taquin (8 dont 4 rémunérés) et Cyprien Devilers (16 dont 7 rémunérés), ainsi que les socialistes Virginie Jankowski (9 dont 5 rémunérés), Fabienne Prévinaire (6 dont 5 rémunérés, elle est également la secrétaire du ministre-président Paul Magnette) et Eric Massin (14 dont 4 rémunérés).

La gestion journalière de l’intercommunale est confiée à un comité de coordination (ou de direction) qui rassemble l’administrateur général, Laurent Levêque (PS, ancien chef de cabinet de Paul Magnette au fédéral), la secrétaire générale, Yasmine Lambert, le directeur général, Philippe Lejeune (PS et bourgmestre de Merbes-le-Château), la directrice générale adjointe, Sophie Brichard et le directeur général de la logistique, Bruno Monaco. Le directeur général Philippe Lejeune, accusé, lundi soir par un mail anonyme de différentes malversations avait été épinglé il y a quelques semaines pour d’importantes rémunérations (334 000 euros bruts par an) liées à 26 mandats (dont 5 rémunérés).  


La gestion du fonds de pension, l’autre affaire de l’ISPPC

Justice En mai 2016, la justice carolo condamnait deux cambistes (trader de devises), MM. Wautelet et Thibeau, de la société IFCA (une société de gestion et de conseil financier) qui au début des années 2000 avait hérité de la gestion du fonds de pension de l’ISPPC (35 millions d’euros). A l’époque la décision de confier cette gestion à IFCA avait interpellé de nombreux observateurs puisque jusque-là c’était Dexia (l’ancien Crédit communal) qui s’en était occupé sans qu’un seul reproche lui soit fait. Daniel Wautelet et Raymond Thibeau étaient à la fois conseillers pour la gestion de fonds de pension de différents organismes publics (dont l’ISPPC) mais aussi experts financiers pour la Région wallonne et apporteurs d’affaires pour des banques. Leurs accointances avec le pouvoir politique et les milieux d’affaire avaient éveillé certains soupçons sur ces deux personnes. Devant le tribunal correctionnel de Charleroi ils devaient répondre de corruption et de blanchiment d’argent. Les deux hommes avaient perçu des commissions importantes versées en plusieurs tranches fois qui étaient ensuite transférées vers au moins deux paradis fiscaux, la Suisse et les Bahamas. A l’ISPPC, on considérait que cet argent devait revenir à l’intercommunale. En 2016, ils avaient écopé d’une amende de 110 000 euros et s’étaient vus confisquer un montant de 2 millions d’euros. Au moment de l’enquête, en 2007, l’ancien ministre-Président wallon, Jean-Claude Van Cauwenberghe avait été entendu. Certains avaient, à cette époque, la conviction que l’ancien homme fort de la Ville allait lui aussi tomber dans cette affaire. Finalement il en était sorti blanchi.