Paul Magnette: l’Italie, passionnément

Rencontre, Stéphanie Bocart Publié le - Mis à jour le

Belgique

Je ne suis pas très ‘objets’. Je ne conserve aucun objet qui ne soit pas usuel, confie spontanément Paul Magnette (PS). Je n’ai pas d’objets fétiches. Voyez : mon bureau est très vide. Et c’est la même chose à la maison. Je ne suis pas conservateur dans ce sens-là." Toute la difficulté pour le ministre fédéral de la Coopération au développement a dès lors été de "trouver un objet fonctionnel". "J’ai donc pensé à un ustensile de cuisine car j’adore cuisiner." Cet ustensile ? Une pelle à pizza, fabriquée par un artisan. "Visuellement, c’est un objet sympa. Il est un peu mystérieux. On ne devine pas directement ce que c’est. Et puis, il symbolise aussi ma passion pour l’Italie."

C’est que ce Carolo est féru de cuisine italienne. "Je prépare des pizzas très régulièrement. C’est un petit rituel en famille ; les enfants adorent ça, raconte-t-il. J’essaie de m’approcher le plus possible de la ‘vraie’ pizza, mais je n’y suis pas encore tout à fait. C’est un vieux fantasme : j’aimerais avoir un vrai four à pizzas, mais ce sera pour plus tard. Pour le moment, j’ai un four électrique, mais j’ai trouvé un système avec des pierres réfractaires qui fonctionne pas mal du tout. J’améliore sans cesse le processus." Ses recettes de prédilection ? "J’aime bien les pizzas très simples. Câpres-anchois, par exemple. C’est la Napoli, la classique. Mais c’est très bon. Ou les pizzas avec des légumes : aubergines grillées, artichauts, champignons "

Sa passion pour la cuisine, Paul Magnette la nourrit "depuis toujours, dès que je suis devenu un peu autonome". "L’avantage d’être carolo, c’est que comme il n’y a pas d’université à Charleroi, il faut aller ailleurs si l’on veut faire des études supérieures, se souvient-il. Moi, je suis allé à l’ULB. Donc, on se retrouve à 18 ans, en kot, tout seul comme un grand, et on doit apprendre à cuisiner. Je savais déjà un peu cuisiner, mais là, je m’y suis mis parce que c’était un plaisir. Puis, c’est devenu une passion aussi, en vacances avec des amis " Alors que le four à micro-ondes et les plats préparés et surgelés sont souvent le quotidien des étudiants kotteurs, Paul Magnette se félicite d’avoir eu "des parents et des grands-parents qui aimaient cuisiner et mangeaient beaucoup de légumes". Il souligne : "Ce sont des traditions familiales. C’est très difficile de casser un schéma alimentaire qu’on a acquis. Mais il faut retrouver le plaisir."

Car pour lui, la cuisine est "un plaisir total". "Cela va du marché et des artisans qui proposent de beaux produits aux recettes, à la préparation et à l’invitation car on cuisine toujours pour quelqu’un (la famille, les amis ou les deux à la fois) ", s’enthousiasme-t-il, les yeux pétillants.

Cette affection pour les produits de qualité, l’élu socialiste la cultive jusque dans son jardin. "J’ai un grand potager où poussent des courgettes, des potirons, des carottes, mais aussi des ‘légumes oubliés’ comme des navets, betteraves, bettes, rappes, panais Par exemple, les feuilles de betteraves coupées en salade auxquelles on ajoute de la betterave râpée avec un filet de citron et du poivre noir, c’est très très bon."

Même s’il apprécie la gastronomie française ou belge, Paul Magnette s’adonne "totalement" à la cuisine italienne. "J’ai une sainte horreur de la ‘world food’, ces espèces de mélanges qui n’ont plus aucun sens. La cuisine naît dans un terroir. Il y a une alchimie entre une terre et un climat, qui donne certains produits et travailler ces produits engendre un certain type de cuisine."

Mais pourquoi l’Italie ? "C’est une passion transmise par mes parents, explique-t-il. Ils adoraient l’Italie ; donc, j’y allais très souvent quand j’étais enfant. Puis, adolescent et jeune adulte, j’y suis retourné très souvent avec des amis, à la montagne, dans le Nord J’ai même fait des camps de travail. J’ai aussi appris l’italien à force d’y aller et de converser avec les gens sur place." De ces voyages transalpins, Paul Magnette a développé "une passion totale" pour l’Italie : la littérature, le cinéma, la mode, les voitures et scooters - "j’ai craqué pour une Vespa" -, et "même la canzone" - "j’adore les chansons italiennes ; j’avoue, j’adore ‘24 000 Baci’. Et puis, "j’ai fait mon mémoire sur Pasolini à l’université". Intarissable et émerveillé, il poursuit : "En Italie, tout est beau. C’est un musée à ciel ouvert, les paysages sont splendides, et la nourriture exceptionnelle."

Cette ambiance et cette culture qu’il affectionne tant, il les retrouve avec bonheur à Charleroi, ancien bassin minier où affluèrent de nombreux émigrés italiens dans les années 50. "Il y a une concentration de Vespa et d’Alfa Romeo au km2 beaucoup plus élevée que n’importe où ailleurs en Europe. L’Italie est présente partout : il y a Radio Italia, des concours de miss Italie, des fêtes italiennes Des mots italiens sont entrés dans le vocabulaire : quand on était petit, on disait des ‘scarpe’ pour des chaussures." Sans oublier la cuisine qui s’est profondément ancrée dans la tradition carolo. D’ailleurs, quand les journées du ministre finissent tard et que le temps lui manque pour cuisiner, "je téléphone à la pizzeria sise en bas de chez moi et je commande une pizza ‘Quattro Stagioni’"...

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