Belgique

Les spectaculaires perquisitions au Palais épiscopal de Malines le 24 juin dernier et l’audition de près de 10 heures du cardinal Danneels à la police fédérale de Bruxelles mardi déclenchent les passions. Elles suscitent un intérêt énorme des médias.

Des informations, parfois prématurées, ont été publiées, ce qui peut nuire à la sérénité de l’enquête ou encore à la présomption d’innocence des personnes qui sont l’objet de l’instruction du juge De Troy.

Ces fuites s’inscrivent dans un climat judiciaire tendu où le parquet général scrute le travail du juge, qui est mis sous pression par la défense de la Conférence épiscopale et du cardinal Danneels. Celle-ci se demande si l’on n’est pas allé trop loin dans les perquisitions.

Leur avocat, Me Fernand Keuleneer, s’était encore irrité mercredi, indiquant qu’il ne pouvait plus accepter les fuites, qu’il y avait des incidents et des indiscrétions chaque jour. Il se demandait si ces informations ne pourraient avoir été distillées par des magistrats ou policiers qui violeraient ainsi le secret de l’instruction ou leur secret professionnel ? "Si c’était le cas, ce serait grave. Cela deviendra très difficile de collaborer à l’enquête", prévenait-il. Et de laisser entendre qu’il pourrait y avoir des "conséquences", sans toutefois préciser sa pensée.

Et jeudi, le parquet de Bruxelles a pris les devants et mis les points sur les "i". "Ce n’est pas dans les habitudes du parquet de Bruxelles de donner des informations sur le fond des dossiers, mais aujourd’hui il se sent contraint de donner davantage d’informations vu l’état d’esprit autour du dossier", a expliqué le porte-parole du parquet, Jean-Marc Meilleur.

Et de confirmer que, oui, une photo de jeune fille, nue et accroupie dans une douche avait bien été retrouvée sur l’ordinateur du cardinal Danneels, comme écrit dans la presse flamande. Elle se trouvait dans les fichiers Internet temporaires, enregistrés à l’insu du détenteur de l’ordinateur lorsqu’il surfe sur la Toile. Vu les fuites dans la presse, les policiers de la Computer Crime Unit ont fait une priorité la recherche de l’origine de cette photo. Et, en fin d’après-midi, ils ont découvert qu’elle avait été captée automatiquement sur le site de la VRT, télévision publique flamande. Rien donc de répréhensible. Ce cliché, de nature artistique, venait d’une exposition dans une galerie photo, reprise sur le site de la VRT.

Dans la foulée, le parquet a ouvert des informations judiciaires contre X, pour violation du secret professionnel. Mais on peut deviner qu’elles visent les enquêteurs un peu trop bavards avec la presse au goût du parquet. Ces enquêtes ont trait d’une part les fuites indiquant que des DVD et des documents issus du dossier Dutroux ont été découverts au Palais épiscopal lors des perquisitions - ce que confirme le parquet de Bruxelles. Elles concernent d’autre part les informations, répercutées dans la presse, faisant état des réponses du cardinal Danneels lors de ces auditions. "Nous n’hésiterons pas à ouvrir de nouvelles enquêtes pour violation du secret professionnel car elles ne permettent pas de travailler dans la sérénité", prévient le porte-parole du parquet. Et en soirée, le cardinal Danneels s’est joint à ces plaintes en se constituant partie civile car, justifie son porte-parole, "sa réputation a été ternie de manière irréparable" par la diffusion de la pseudo-information sur la photo captée par son ordinateur.

Dans le dossier, la sérénité ne pourra être rétablie que lorsque l’on saura si le juge d’instruction Wim De Troy peut poursuivre son instruction avec les coudées franches. On le sait, le parquet général passe son travail à la loupe. Cette procédure est exceptionnelle à ce stade de l’enquête. Selon le Parquet général, cela n’a rien à voir avec les critiques de la Conférence épiscopale sur les méthodes du juge. Me Keuleneer s’interroge notamment "sur la proportionnalité des perquisitions en regard du but poursuivi". Une première réponse est attendue la semaine prochaine. Le Parquet général dira si le juge peut continuer son instruction ou s’il saisit la chambre des mises en accusation. A charge alors pour cette dernière de confirmer le juge, expurger son dossier ou le dessaisir.