Belgique

L'arrivée d'une femme - Anne-Marie Lizin (PS) - à la présidence du Sénat constitue une (r)évolution dans l'histoire feutrée des «perchoirs» des assemblées fédérales. C'est en effet une première, à l'inverse des parlements régional et communautaire, déjà présidés par des femmes. Certes, la nomination de la sénatrice hutoise s'inscrit dans le cadre plus large des tractations déclenchées par la convoitise de Louis Michel (MR) pour le poste de commissaire européen. Propriété des socialistes, le poste de commissaire lui a en effet été promis en échange du secrétariat d'Etat aux Affaires européennes et de la présidence du Sénat. Il n'empêche, le deal démontre le poids certain que revêt le perchoir de la vénérable assemblée. Même si les observateurs retiennent surtout que dans cette transaction, les libéraux ont perdu le portefeuille des Affaires étrangères. «Cela étant, la présidence jouit d'un niveau de visibilité très élevé dans le protocole. En fonction de leurs âges respectifs, les présidents de la Chambre et du Sénat représentent les deuxième et troisième personnages de l'Etat après le Roi», explique Xavier Mabille, directeur du Crisp.

Prérogatives déterminantes

Mais, en dehors du protocole, les présidents disposent d'un pouvoir réel au sein des assemblées. «Les prérogatives du président sont déterminantes dès lors qu'il s'agit de freiner ou d'accélérer les procédures», rapporte Xavier Mabille. «Il ou elle peut également influer sur la nature des débats, même si - in fine - la décision de l'assemblée est souveraine et que le président doit toujours veiller au respect des équilibres et des règlements.»

Une opinion que partage le sénateur CDH Francis Delpérée, qui précise que si le président veut participer aux débats, il doit descendre du perchoir et céder sa place à un des vice-présidents. «Cela étant, le ou la présidente d'assemblée possède une mainmise très importante sur le travail parlementaire. C'est pourquoi il s'agit d'un poste politique majeur et qui fait l'objet de négociations lors de la répartition des fonctions au sein de la majorité gouvernementale.» Selon Francis Delpérée, «le gouvernement a tout intérêt à avoir un président qui imprime un rythme aux travaux qui lui soit utile».

A l'instar des portefeuilles ministériels, les présidences de perchoir disposent également d'une cotation sur le marché institutionnel. Affublées d'une cote, elles peuvent donc être mathématiquement marchandées. C'est comme cela que le perchoir du Sénat et le poste de secrétaire d'Etat ont été évalués et échangés contre le poste de commissaire européen. Position prestigieuse s'il en est, le perchoir peut rendre aussi de nombreux services au parti détenteur: qu'il s'agisse de couronner la carrière d'un parlementaire - d'un sage reconnu par ses pairs - ou, plus prosaïquement, de l'offrir comme lot de consolation à une personnalité «oubliée» lors des nominations ministérielles.

© La Libre Belgique 2004