Belgique

Philippe Lamberts n’est pas seulement ce député européen qui a beaucoup œuvré à la limitation des bonus dans le secteur bancaire. Il n’est pas seulement celui qui a été désigné par les militants réunis en assemblée générale pour mener la liste Ecolo au prochain scrutin européen. Il est aussi le président du Pouvoir organisateur d’une école d’Anderlecht, l’Institut des Sœurs de Notre-Dame. Et c’est à ce titre qu’il parle aujourd’hui. Alors que la ministre de l’Enseignement Marie-Martine Schyns (CDH) envisage "d’améliorer" le décret Inscriptions, Philippe Lamberts fait ce constat amer : dans son école, il y a moins de mixité qu’avant le décret. "Ce n’est pas uniquement la faute du décret , reconnaît Philippe Lamberts. C’est d’abord celle de la paupérisation du quartier et de la dualisation de la société. On ne doit donc pas donner une ambition démesurée au décret. Mais il ne faut pas être trop modeste non plus. Et pour cela, une évaluation objective du décret est nécessaire."

L’Institut des Sœurs de Notre-Dame à Anderlecht est une ancienne école de filles située au centre de la commune. A l’origine, il scolarisait des filles issues de la classe moyenne anderlechtoise. Il a ensuite suivi la mutation sociologique de la commune. "Ce qui est intéressant à Anderlecht , observe Philippe Lamberts, c’est la mixité des quartiers. Vous avez des quartiers de villas, des quartiers d’habitations sociales, des quartiers populaires voire prolétaires. Et nous tenons à cette mixité sociale."

L’Institut des Sœurs de Notre-Dame a cette particularité : c’est l’une des rares écoles bruxelloises au nord du canal où le nombre de demandes d’inscriptions dépasse celui du nombres de places. "On refuse deux cents inscriptions par an", observe le président du PO. La direction doit donc sélectionner les élèves.

Les effets pervers du décret

Comment ? Avant le décret Inscriptions, l’Institut des Sœurs de Notre-Dame avait opté pour le principe du "premier arrivé, premier servi". Il n’y eut jamais de files de parents devant l’école car il n’y avait pas une date d’inscription fixe. Les inscriptions se faisaient tout au long de l’année. Et cela permettait d’assurer une certaine mixité dans les classes. "Avant le décret Inscriptions, on pratiquait la mixité sociale au quotidien, commente Philippe Lamberts. Nous recrutions à Anderlecht, dans le quartier, mais aussi dans les communes flamandes limitrophes, à Dilbeek et à Leeuw-Saint-Pierre. Pour ces familles, nous étions l’école francophone de qualité la plus proche."

Le décret Inscriptions - dernière mouture - a changé la donne. Car il accorde une prime à la proximité géographique, donc à l’appartenance au quartier. Dans l’ordre des priorités, les élèves des communes limitrophes passent désormais après ceux qui habitent le quartier de l’école, majoritairement plus défavorisés. "Le hic, c’est que si le décret prévoit des priorités pour insérer des élèves défavorisés dans des écoles favorisées, il ne prévoit rien pour insérer des élèves favorisés dans des écoles où la majorité est défavorisée."

Et de retaper sur le clou : "Il faut une évaluation objective, car si la mixité a augmenté dans les écoles qui n’étaient pas mixtes mais diminue dans les écoles qui l’étaient, c’est qu’il y a un vice de fabrication. Ma conviction, c’est qu’on n’a pas osé s’attaquer à la vingtaine d’écoles qui sélectionnaient les élèves sur la base du profil socio-économique ou scolaire et on a noyé le poisson avec une règle générale."