Belgique

AMBIANCE

Quelques policiers en uniforme surveillent l'événement avec calme. Un attroupement d'une centaine de personnes - davantage de membres de la presse que de sympathisants communistes - sont au rendez-vous et débordent quelque peu sur le boulevard auquel s'adosse la prison de Louvain. Une dizaine de drapeaux rouges dépassent les têtes et flottent dans un air printanier qui favorise les sourires. C'est qu'ils sont heureux, les amis de Pierre Carette, vraiment heureux et cela se voit.

Bertrand Sassoye, le «n°2» des Cellules communistes combattantes (CCC) est là, bien sûr. Radieux. Lui-même n'a quitté sa cellule, après leur arrestation commune en décembre 1985 à Namur, qu'au mois de juillet 2000. Alors que, pour son ami Carette, la Commission des libérations conditionnelles n'a marqué son accord que le 12 février dernier. Les conditions? Pierre Carette, qui devrait retrouver son ancien emploi d'imprimeur, ne pourra notamment entretenir de contacts réguliers avec les autres CCC, ni voyager à l'étranger sans autorisation, mais devra s'astreindre à participer avec Sassoye et les autres au remboursement des quelque 1580000 euros de dommages.

Sassoye et lui partagent autre chose: ils ont affiché des positions inchangées, répétées maintes fois par le premier, depuis sa libération: «Je reste marxiste-léniniste (...) et convaincu de la nécessité d'une révolution, d'une lutte armée en Belgique, d'une prise du pouvoir par la violence».

Pierre Carette sort. La cohue est immédiate. Son image est précieuse pour les médias. Ses paroles, très attendues. Il n'en aura aucune pour la presse, sur place. Embrassades et sourires s'enchaînent en revanche pour ses proches et amis.

Difficilement, il se fraie un chemin vers la camionnette blanche qui, bientôt, va l'emmener. Quelques mètres plus loin, un groupe d'activistes allemands, «Rote Hilfe», tend une banderole de soutien «Solidarität met den politischen Gefängenen», solidarité avec les détenus politiques. Des représentants de l'APAPC (Association des parents et amis des prisonniers communistes) sont là aussi. Seul, un quidam au visage masqué brandi une affiche : «Bravo!», en plusieurs langues.

Carette monte à bord. Il n'a pu, jusque-là, que dévisager ses amis et surveiller le trottoir, pour ne pas tomber dans cette foule qui le bouscule sans cesse. Il s'assied, calme et cependant tendu. Pendant que la police aide le conducteur à fendre le mur des journalistes, un sourire éclaire soudain son visage. Il a pensé à quelque chose. Un déclic vient de se produire. Pierre Carette, réjoui, lève les yeux au ciel. Le sourire s'élargit: au-dessus de Louvain, l'azur est immense, sans bornes.

© La Libre Belgique 2003