Belgique

Le parquet de la capitale nous l'a confirmé lundi: Pierre Salik, un homme d'affaires bien connu dans les années 80 (à l'époque des `Salik Jeans´, promus via le slogan `Terrific my Salik´), a été inculpé jeudi dernier par le biais d'une lettre recommandée signée de la main du juge d'instruction financier Jean-Claude Van Espen.

L'événement passe d'autant moins inaperçu que l'homme d'affaires partage les préventions de faux en écritures et usage ainsi que de corruption avec Emile Dereymaeker, inculpé dans les mêmes conditions, mais en tant que juge consulaire du tribunal de commerce de Bruxelles. Plus précisément, M.Salik est inculpé de corruption active et M.Dereymaeker de corruption passive.

A suivre l'instruction, le premier aurait donc `acheté´ le second. Bien sûr, les deux hommes sont présumés innocents. On ignore d'ailleurs à ce stade leur version des faits (nous n'avons pu les joindre, lundi). Toutefois, mieux vaut considérer le dossier avec sérieux, le juge Van Espen n'ayant rien d'un fantaisiste. Mais pourquoi soupçonne-t-il ces actes graves?

Tout commence le 7 juin 1999, avec la faillite de `Kid Cool Europe´, une société appartenant à Patrick Abraham, un autre homme d'affaires bruxellois, spécialisé dans le secteur de l'habillement - où il avait jusque-là brillamment réussi (avec un chiffre d'affaires annuel à peine inférieur à l'équivalent de 50 millions d'euros). Le 25 juin suivant, MM.Abraham et Salik - alors amis - signent une convention, dans le but de sauver l'entreprise en commun. Cependant, il devient rapidement de notoriété publique que les deux hommes se disputent. Plaintes et citations se croisent.

L'enjeu? La prise de contrôle de la totalité des actifs de Kid Cool, voire d'une autre société de M.Abraham, Immoworld. Une masse d'argent considérable...

Ce dernier se plaint en outre de manière de plus en plus prononcée de l'attitude de M.Dereymaeker, désigné juge-commissaire lors de la faillite. Cette attitude lui paraît en effet étonnamment proche de celle de Pierre Salik. Le juge consulaire commet du reste quelques démarches étonnantes, téléphone la nuit à Patrick Abraham pour le `convaincre´ de céder ceci ou cela.

Les rapports du juge

Finalement, et pour faire bref, après avoir dû se plaindre de pressions, de menaces et même d'un témoignage `arrangé´ contre lui (son auteur, F., ayant lui-même avoué la chose par remord, expliquant qu'il avait été manipulé par un certain `Kone´, dont il ignorait alors qu'il s'agissait de... M.Dereymaeker), Patrick Abraham déposait la plainte la plus significative du dossier, le 9 novembre 1999. Contre MM.Salik et Dereymaeker ainsi que contre un tiers, C., pour corruption, subornation de témoin, dénonciation calomnieuse, faux et usage.

Il semble donc que les travaux de M.Van Espen et de ses enquêteurs (dont des perquisitions menées le 26 juin 2000 au Syndicat d'initiative de Bruxelles, où M.Dereymaeker est administrateur, au domicile de sa compagne ainsi que chez M. Salik et certains proches) aient convaincu le juge d'instruction que M. Abraham avait raison de se plaindre.

En tout cas, `les préventions de faux visent des rapports vraisemblablement faits par le juge consulaire´, nous indique-t-on sans ambages dans le milieu judiciaire de la capitale.

© La Libre Belgique 2002