Belgique

Impitoyable avancée du sablier du temps qui n'épargne pas davantage les héros ordinaires que ceux qui sont toujours sous les spots de l'actualité: quelques jours après Michou Dumon-Ugeux, icône du réseau Comète, Pieter-Paul Baeten, le président du Groupe Mémoire, toujours vigilante sentinelle de la mémoire des résistants au nazisme dans la lignée des Ugeux, Lévy, Haulot et Wynen s'est éteint lundi matin à cinq heures.

Né le 23 mars 1926 à Lier, il était entré à 16 ans dans la résistance à l'instar d'une quinzaine de ses compagnons de l’Athénée royal de Berchem. Dans un premier temps, ils furent chargés de l’impression et de la distribution de tracts clandestins. D'abord "courrier" Paul Baeten fit montre de plus en plus d'audance en dérobant des timbres de ravitaillement à l’administration communale puis partit aussi en Wallonie pour y dénicher des fermes permettant de mettre à l'abri des aviateurs alliés et des résistants entrés dans le maquis.

A la suite d’une dénonciation, le groupe de jeunes résistants fut arrêté, le 15 octobre 1943 par la Feldgendarmerie. Interrogé sous la torture pendant un mois et incarcéré, au secret, à la prison d’Anvers, Pieter-Paul Baeten entama au début de 1944, une longue déportation comme prisonnier politique "Nacht und Nebel", à travers l’Allemagne nazie : prison d’Essen, camp de concentration d’Esterwegen, prison de Gross-Strelitz, camp de Gross- Rosen et Mittelbau-Dora, le camp de fabrication des fusées volantes, les V1 et les V2.

Président du Groupe Mémoire

Depuis la fin de la guerre, Paul Baeten s'était investi sans compter dans le travail de mémoire auprès de la jeunesse tant flamande que francophones. Son témoignage marqua d'autant plus les esprits qu'il était adolescent lors de son entrée en résistance. Il accompagna aussi à de nombreuses reprises les jeunes à Buchenwald mais guida aussi des groupes d’adultes dans les camps et prisons nazies.

Il présida aussi en 2008, le Train de la liberté, vers Buchenwald et Dora. On le retrouva aussi aux côtés de Bernard Balteau, journaliste-historien de la RTBF et Philippe van Meerbeek, journaliste-historien de la VRT lors de soirées de formation citoyenne à l’Ecole royale militaire, notamment lors de la projection du film Last best hope, consacré à des facettes peu connues de la Résistance.

Pieter-Paul Baeten reprit aussi la présidence du Groupe Mémoire - Groep Herinnering à la mort du docteur André Wynen. Et n'hésita pas à intervenir dans le débat public chaque fois qu'il l'estimait nécessaire. Avec le Groupe Mémoire, il suivit ainsi de près, la préparation par le ministre président du gouvernement de la Communauté française du décret relatif à la transmission de la mémoire.

Il fut aussi un des promoteurs d'un Manifeste résolument hostile à toute forme d'amnistie. "Nous ne pouvons accepter les démarches qui, sous prétexte de réconciliation sociale, aboutissent à nier les valeurs qui sont celles de la démocratie. Aujourd’hui, des voix se font entendre pour anéantir le devoir de mémoire à l’égard des combattants de la liberté. Elles réclament l’oubli au profit des collaborateurs. Elles proposent une mesure générale d’amnistie qui aurait pour objet de nier les comportements répréhensibles, d’effacer les condamnations encourues et de considérer comme des victimes ceux qui se sont engagés ni plus ni moins dans la collaboration".

Pieter- Paul Baeten remonta aussi au front après l'accession au gouvernement fédéral de la N-VA, n'hésitant pas à clamer encore et toujours son opposition inconditionnelle comme citoyen belge mais aussi flamand à la scission du pays. Plus récemment, il a dénoncé le paiement toujours en cours en Belgique, par l’Allemagne, de pensions aux collaborateurs militaires SS belges, liés par leur serment d’allégeance à Hitler. Un dossier toujours en cours au Parlement.

Avec le Groupe Mémoire, Paul Baeten déplora aussi l'inscription du Fort de Breendonk comme lieu d’histoire militaire dans le War Heritage Institute.

"Pieter Paul Baeten n'est plus mais il a fait le choix de laisser une trace derrière lui" explique Claire Pahaut, l'animatrice du Groupe Mémoire. "Il terminait en effet la rédaction d’un récit de vie qu’il entendait voir paraître dans les deux langues nationales". Une sorte de testament mais aussi d'avertissement pour les générations montantes afin qu'elles ne doivent pas revivre l'horreur…