Belgique

Pieter Timmermans peut tomber la veste et commencer à penser à ses vacances. L’administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) vient de clôturer la première année de son mandat en fanfare : avec un accord balisant une harmonisation entre le statut social des ouvriers et celui des employés. Mais le CEO de la fédération patronale ne s’en va pas en congé sans fixer déjà la grande priorité de la rentrée politique : un pacte sur la compétitivité. " Nier qu’il y a un problème de coût salarial, c’est comme nier la lumière du soleil ", lâche-t-il à l’adresse de ceux qui minimisent l’écart salarial - le "handicap", corrige-t-il - dont souffre la Belgique par rapport aux pays limitrophes.

Cela fait un an, jour pour jour, que vous avez été nommé administrateur-délégué de la Fédération des entreprises de Belgique. Quel bilan en tirez-vous ? 

Cela a été une année riche. Elle a commencé avec la discussion sur un nouvel accord interprofessionnel. Une discussion qui a échoué - mais, heureusement, le gouvernement a pris le relais. Ce dernier a pris des mesures importantes : réduction de charges, correction de l’indexation, modération salariale, plus grande flexibilité. Nous pensons que, grâce à ces mesures, nous connaîtrons une petite amélioration de la situation économique d’ici la fin de l’année. Et puis, la conclusion d’un accord-cadre dans le dossier ouvriers/employés. 

Cela fait 20 ans qu’on cherchait à unifier les deux statuts. 

Et le prochain chantier ? 

Il n’y a pas de doute pour nous : ce doit être l’amélioration de la compétitivité. Le gouvernement vient de recevoir un rapport qu’il avait commandé sur la question. 

Vous l’avez lu ? Qu’en tirez-vous comme conclusions ? 

Le rapport établit clairement qu’il y a un problème. L’écart du coût salarial belge avec les autres pays est-il de 16 %, de 21 %, de 15 % ? Ce n’est plus la question. Il faut agir. 

Les syndicats jugent cet écart moins élevé… 

Oui, mais ça, c’est refuser de voir le problème. C’est vouloir nier la lumière du soleil. Avec cela, on ne résout rien. Chaque jour qui passe, il y a des entreprises qui restructurent. On parle toujours d’écart salarial, mais le temps de parler d’écart est révolu. Il faut parler de handicap salarial. 

Les syndicats expliquent que les entreprises bénéficient d’un certain nombre d’aides, de réductions de charges qu’il faut prendre en compte quand on parle de coût salarial… 

Il faut prendre le tableau publié à la page 101 de ce rapport (voir ci-contre). C’est le tableau-clé. Ce tableau compare, secteur par secteur, les coûts salariaux en Belgique avec les coûts salariaux dans les 3 autres pays limitrophes. Ce sont des coûts réels qui sont repris, intégrant les aides aux entreprises. Et ce tableau indique bien qu’il y a une différence d’environ 16 %. Je trouve d’ailleurs aberrant que ce tableau n’ait pas été repris dans la conclusion générale de l’étude. Ce tableau résume tous nos problèmes. Je ne comprends pas qu’on puisse encore mettre le problème en doute. 

Il faut agir, dites-vous. Quand ? Comment ? 

Ce qu’il faut, c’est que tous les niveaux de pouvoir y travaillent : le fédéral, les régions et même les communes. Il faudrait une sorte de Pacte interfédéral, soutenu par toutes les entités fédérées. Et mettre cela à l’ordre du jour de leurs instances comme la priorité n°1. 

On ne va pas tout régler d’ici les élections de 2014 ? 

Non. Mais il faut donner une perspective aux entreprises, une trajectoire. J’espère vraiment que le Premier ministre et les ministres-Présidents des entités fédérées s’entendront sur une méthode de travail avant les vacances parlementaires. 

Il faudrait donc en discuter au moment de la confection des budgets pour 2014, à la rentrée ?

 On ne peut pas dire qu’on va faire le budget pour l’an prochain puis seulement s’occuper de la compétitivité. C’est maintenant qu’il faut agir. Je ne peux pas m’imaginer que rien ne se passe rapidement après la publication d’un tel rapport. Si on attend trop longtemps, on risque d’arriver trop près des élections. Et on ne fera plus rien. Il ne faut pas commander un rapport si c’est pour le jeter ensuite à la poubelle. 

Les syndicats demandent un plan de relance. Vous comprenez ? 

Ils demandent des investissements publics. Mais moi, je n’ai jamais connu un pays affichant une dette de 100 % du PIB qui a résolu son problème de compétitivité en augmentant son taux d’endettement. Cela ne peut conduire qu’à une nouvelle vague d’impôts dans le futur.

 Des investissements, ce sont aussi des emplois… 

Qu’est-ce qu’on aura gagné si on perd davantage d’emplois parce que le problème de la compétitivité des entreprises n’aura pas été résolu. 

Faut-il, pour vous, revoir le mécanisme d’indexation des salaires ? Le gouvernement s’y est déjà attelé… 

Le gouvernement a intégré dans le calcul les prix soldés. Pour moi, ce n’est pas une correction. C’est mesurer plus correctement l’évolution des prix. Et à la fin de l’année, on devra revoir la composition du panier qui sert au calcul. Ce sera un moment important. 

Mais faut-il revoir le mécanisme ? 

Je m’interroge : dans le cadre de la discussion sur le pacte de la compétitivité, peut-on se passer de ce débat ? On ne peut pas poser des tabous maintenant. La déclaration gouvernementale stipule qu’on n’y touche pas… Si le gouvernement n’y touche pas, j’en prendrais acte. Je ne pourrai pas faire autre chose. Mais je ne suis pas sûr qu’on pourra éternellement repousser le débat. 

Y a-t-il des choses qui vous ont déçu au cours de cette année ? 

Il y a le fait que certains continuent à nier le problème de la compétitivité de l’économie belge. Autre chose : j’observe que l’on oppose de plus en plus souvent les PME d’un côté et les multinationales de l’autre. C’est très clair avec la "Fairness Tax". On dit vouloir taxer les multinationales pour financer des aides aux PME. Je n’ai aucun problème avec une aide aux PME. 

Mais cette opposition m’étonne. Des patrons de multinationales m’ont demandé : "Qu’est-ce qui se passe chez vous ? Veut-on encore que des multinationales y investissent ?" PME et multinationales ont besoin l’un de l’autre. 

Mais il y a des grandes entreprises qui ne paient presque pas d’impôt. 

Il faut voir celles qui ont un centre de production ici. Près de 80 % de l’impôt des sociétés sont payés par les grandes entreprises. Qu’est-ce qu’on va gagner si on les fait fuir ? 

Quelle est votre empreinte sur la FEB ? 

Durant cette année, j’ai lancé une grande réflexion avec les secteurs pour élaborer notre vision pour la période 2014-2020. Nous aurons terminé ce travail d’ici la fin de l’année.