Belgique Ce week-end, Génération W investissait la Citadelle de Namur pour remettre l’humain au centre du jeu.

Samedi, on a été rincés !" Voilà le triste constat que faisaient, lundi, les organisateurs du premier W Food Festival, qui se tenait ce week-end à la Citadelle de Namur. Réunissant la vingtaine de chefs du collectif Génération W, l’événement se voulait ouvert à tous, avec des prix très abordables (entrée sur le site à 10 € et dégustations de 2 à 8 €). Malheureusement, la météo est venue jouer les trouble-fête… Pour être rentable, l’événement aurait dû accueillir 7 000 visiteurs. Samedi, il n’était qu’un petit millier de gourmands motivés à avoir bravé la pluie pour déguster les plats imaginés par les chefs et rencontrer leurs producteurs. Dimanche, le soleil a enfin montré le bout de son nez, à la grande joie de quelque 2 700 passionnés, réunis dans la bonne humeur pour fêter la gastronomie wallonne.

Mettre la Wallonie en avant

Au-delà de cette dimension publique, le but avoué de ce festival était aussi de placer la Wallonie sur la carte mondiale de la gastronomie. Grâce à son carnet d’adresses bien rempli, le fondateur de Génération W Sang-hoon Degeimbre avait composé un joli panel pour la journée de conférences professionnelles du lundi. "L’idée, aujourd’hui, est de mettre en avant, plus que le produit et la technique, l’humain. De dépasser la simple démonstration culinaire pour aborder tous les aspects de la restauration", expliquait en introduction le chef doublement étoilé de "L’air du temps" à Liernu. Avant de céder la parole à ses invités, qui ont parlé valorisation des poissons méconnus de la mer du Nord (avec Filip Claeys du "Jonkman"** à Bruges), lutte contre le gaspillage alimentaire, "foodpairing", communication…

Dans ces discussions, la question de l’humain a souvent tourné autour de la gestion par les chefs de leurs équipes. Degeimbre a ainsi évoqué son concept "perma-nagement". Ou comment il s’inspire de la nature et de son jardin (cultivé en permaculture par son fidèle Benoît Blairvacq) pour observer ses collaborateurs, pour les aider à s’épanouir dans leur travail. Ce thème était également au cœur des réflexions du Danois Bo Bech ("Geist"* à Copenhague), du Français David Sinapian (mari d’Anne-Sophie Pic, seule chef triplement étoilée de France à Valence et directeur du groupe Pic) mais aussi de David Martin. Le chef de "La Paix"* à Anderlecht a ainsi expliqué comment il gérait son personnel en laissant s’exprimer son talent. Avec réussite puisque son collaborateur Karen Torosyan a fini par obtenir sa propre étoile à la "Bozar Brasserie" en se forgeant sa propre identité, basée sur le travail des classiques français.

Retour à la convivialité

Mais l’humain, cela passe aussi par la relation aux clients. Avec une intervention de Frédéric Kaiser, directeur de salle d’"Epicure", le restaurant trois-étoiles d’Eric Fréchon au Bristol. Ou quand, même dans les palaces parisiens, le service se fait moins guindé, évoluant vers plus de proximité et de complicité avec les mangeurs ! Voilà en tout cas de quoi donner du grain à moudre aux chefs et aux étudiants en écoles hôtelières qui avaient répondu présent à l’invitation de San Degeimbre à penser la cuisine de demain.

Et puisque l’un des maîtres-mots de la journée était "rêver grand", pourquoi ne pas imaginer, un jour, voir la Wallonie succéder à l’Espagne et à la Scandinavie sur la scène culinaire mondiale. Sans perdre son identité pour autant, en misant à fond la carte de la convivialité wallonne. Lundi midi, les invités internationaux de Génération W ont en tout cas pu y goûter, autour d’un verre de bière et d’un excellent cochon de lait grillé au barbecue.