Plainte contre l'affiche du film de Thierry Michel sur "l'affaire Chebeya"

J.-C.M. Publié le - Mis à jour le

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Belgique

Le général John Numbi, inspecteur général, autrement dit chef de la police congolaise au moment de l'assassinat, le 2 juin 2010, de Floribert Chebeya, secrétaire général de “La Voix des sans voix”, une des deux principales associations de défense des droits de l’homme au Congo, vient, par la voix de son conseil, Me Emmanuel De Wagter, d’intenter une action en cessation, visant à faire défense au réalisateur belge Thierry Michel, auteur d’un documentaire sur “l’affaire Chebaya”, de “diffuser, éditer, afficher, distribuer ou placarder sur quelque type de de vecteur technique de diffusion ou de support que ce soit” l’affiche du film.

Sur cette affiche, l’image du général Numbi apparaît en gros plan, à côté d’une photographie plus effacée de M. Chebeya et au-dessus d’une photo des cinq personnes condamnées pour l'assassinat de ce dernier.

Le plaignant conteste “le montage malveillant réalisé dans le but d’altérer son image mais aussi le texte qui accompagne l’affiche et qui constitue le titre du documentaire”, lequel a été diffusé par la RTBF mercredi soir.

Me De Wagter et son client se plaignent que l’affiche du film de Thierry Michel suggère “insidieusement” que le général Numbi serait le principal responsable de la disparition de M. Chebeya et de son chauffeur, ce qu’ils jugent “inadmissible”.

Me De Wagter rappelle qu’un jugement en première instance a eu lieu en juin 2011 (cinq policiers ont été condamnés, dont quatre à mort et un à la réclusion à perpétuité par la Cour militaire mais deux d’entre eux ainsi que les parties civiles ont fait appel et le procès vient de commencer) et que son client, entendu comme témoin au procès, n’a jamais été poursuivi.

“Le droit à la critique d’un homme même public ne peut exister au détriment du droit au respect de son image, de son intégrité et de sa réputation”, estime Me De Wagter.

Lequel considère qu’il y a urgence à statuer dès lors que la commercialisation du film reprenant la photographie du général Numbi bat son plein. D’où le recours à une procédure en référé.

Du côté des "Films de la passerelle", la société qui produit le film de Thierry Michel, on s'étonne: "Pourquoi une telle démarche alors que le film est sorti dans les salles en Belgique en mars et en France en avril, qu'il a été diffusé dans le monde entier ou presque, que le DVD est sortie en juillet et qu'il est, en quelque sorte, en fin de parcours?", s'interroge Christine Pireaux, l’administratrice.

Après la mort de M. Chebeya et de son chauffeur, les familles des victimes avaient accusé le général Numbi, un proche du président Kabila, d’être le commanditaire du double assassinat et réclamé sa mise en accusation.

La veille de sa disparition, M. Chebeya devait rencontrer le général Numbi. Certaines sources avancent qu’il s’apprêtait à déposer plainte devant la justice internationale contre le chef de la police pour sa responsabilité présumée dans la sanglante répression du mouvement politico-religieux “Bundu dia Kongo”.

La disparition de Floribert Chebeya, un mois avant les célébrations du cinquantenaire de l’indépendance du Congo, avait eu un retentissement mondial. De toute cette affaire, le cinéaste liégeois a tiré un film “L’affaire Chebeya, crime d’Etat?”. Il devait le présenter cet été à Kinsaha mais il a été expulsé à son arrivée au Congo, le 18 juillet.

Thierry Michel devrait y retourner à l’occasion du prochain Sommet de la Francophonie (du 12 au 14 octobre). Mais aux dernières nouvelles, le cinéaste (actuellement au Tchad) attendait toujours son visa. "La démarche du général Numbi est-elle liée à notre demande d'accorder ce visa à Thierry Michel", se demandait, jeudi, Mme Pireaux.

A la suite de la mort de M. Chebeya, le Conseil supérieur de la défense avait décidé de suspendre à titre conservatoire l’inspecteur général Numbi. Ce dernier s’était fait connaître comme chef de la Juferi, milice katangaise du parti de Gabriel Kyungu, utilisée lors des pogroms anti-kasaïens de 1992. En 1999, commandant de la zone militaire du Katanga, il avait été considéré comme responsable, avec le général Joseph Kabila, alors chef de la Force terrestre, et le général Faustin Munene, alors chef de la Force aérienne, de la désastreuse défaite de Pweto. Il avait été remercié par Kabila père, deux jours avant l’assassinat de ce dernier le 16 janvier 2001.

Devenu président, Joseph Kabila nommera John Numbi, en mars 2001, chef de la Force aérienne avant de devenir, en juin 2007, chef de la police.

M. Numbi négocia en 2009 l’opération conjointe rwando-congolaise contre les rebelles hutus rwandais FDLR au Kivu.

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