"Plus d'une vingtaine" de jihadistes belges tués en Syrie

Christophe Lamfalussy et Frédéric Chardon Publié le - Mis à jour le

Belgique

La Belgique ne paiera "jamais" de rançon pour les otages en Syrie, déclare Didier Reynders alors qu’un infirmier belge de Médecins sans frontières (MSF) a disparu le 2 janvier au nord du pays (avec quatre autres membres de l’organisation humanitaire) et que deux jeunes femmes belges ont par ailleurs été apparemment enlevées.

On compterait environ 200 Belges en Syrie ?

La Syrie est devenue le terrain d’action de tous les djihadistes du monde qui vont mener leur guerre sainte là-bas. Je partage la préoccupation de familles dont les enfants parfois mineurs partent. Mais ma préoccupation en tant que ministre des Affaires étrangères, c’est de savoir comment suivre à la trace ces djihadistes pour mesurer leur dangerosité une fois qu’ils reviendront chez nous ou ailleurs. Plus de 200 personnes ont été clairement identifiées ou sont en cours d’identification. Plus d’une vingtaine sont déjà mortes en Syrie et, malheureusement, la plupart sont dans les groupes les plus extrémistes, y compris dans l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL).

"La plupart", combien ?

La très grande majorité. Or, même l’Armée syrienne libre veut en finir avec ces groupes car ils sont tellement radicaux qu’ils n’en veulent pas. Un assez grand nombre sont déjà revenus et ont fait l’objet d’un suivi judiciaire. Nous échangeons nos informations avec les Américains, les Canadiens, les Européens, l’Otan, les Turcs. Je salue les efforts de la Turquie à cet égard. L’échange d’informations est de qualité. Les Belges qui partent combattre ne vont pas nécessairement revenir en Belgique. Ils sont partis dans une guerre civile horrible…

Et à l’école du terrorisme…

Ils vont s’entraîner dans des camps de terroristes, en Libye ou ailleurs. Ils vont participer à des actions très violentes. Ils vont devenir non seulement des radicaux sur le plan de leur engagement mais aussi avec des techniques et un vécu qui leur permettent de faire à peu près n’importe quoi.

Ils sont belges…

Tout cela nécessite aussi un débat en Belgique. Chaque parti doit réfléchir. Mon parti lutte depuis des années contre le communautarisme. Nous sommes opposés à cette logique des accommodements raisonnables. Vivons ensemble dans un monde interculturel, en respectant les mêmes valeurs. Il y a des tas de gens qui vivent leur religion en paix. Des partis ont fait le choix d’aller à la pêche de communautés et de classer les gens par communautés. En faisant cela, on exacerbe les tendances y compris le radicalisme. On est face à une guerre de religions, à l’intérieur de l’islam, entre sunnites et chiites, qui risque de durer très longtemps et pour laquelle on doit s’armer, pas au sens militaire, mais en prenant des mesures au sein de l’Union européenne. A côté de cela, nous avons aussi des gens qui partent en Syrie pour des raisons humanitaires. Des gens de MSF ont probablement été pris en otages et nous avons mis notre réseau à disposition.

La Belgique paie-t-elle des rançons ?

Jamais. Cela n’interdit pas que d’autres, des familles ou des organisations, prennent des initiatives. Si on commence à payer des rançons, on donne une valeur marchande à tous nos compatriotes et on les expose immédiatement à ce risque-là. Heureusement, jusqu’à présent, on a pu faire passer le message et surtout on a pu trouver d’autres formes de négociation, politique notamment.

L’ex-otage Pierre Piccinin se plaint d’avoir été abandonné par votre département…

Sa famille a été en permanence en contact avec un agent de mon département. Ce que nous avons fait, c’est aussi de prendre contact avec lui avant qu’il ne parte. On lui a déconseillé plus que fortement d’aller sur le territoire syrien. Il avait déjà été pris ! Je le rappelle : nous déconseillons à tout Belge, que ce soit pour aller combattre ou regarder ce qui se passe, d’aller en Syrie.

MSF doit-il se retirer du pays ?

C’est une évaluation que MSF doit faire, en relation avec nous. Ici, il n’y a plus d’expatriés belges ou autres en Syrie. Ils ont retiré tous leurs expatriés pour le moment. MSF est en contact avec les familles (des cinq otages, NdlR). Je ne sais toujours pas ce que M. Piccinin faisait en Syrie.

Il écrit des livres.

Il aurait pu écrire un livre sans nécessairement aller sur place. Par contre, je sais ce qu’un infirmier de MSF y faisait.

Etes-vous en faveur de livrer des armes à l’opposition ?

Mais toutes ces personnes - les gens de MSF, M. Piccinin - sont, ou ont été, dans les mains de groupes dits de l’opposition. Aller livrer des armes sans être sur le terrain, sans connaître la destination finale… C’est pourquoi je plaide pour une voie politique.

Qu’en est-il de ces deux jeunes femmes qui auraient été enlevées ?

Ces deux jeunes ont 17 et 19 ans. Elles étaient amoureuses de combattants. Mais nous ne savons pas où elles sont pour le moment. Elles se trouvaient avec un groupe très extrémiste et il est possible qu’elles aient été enlevées par un autre groupe, sans confirmation.

Le partage de renseignements avec les Etats-Unis, cela marche ?

Il vaudrait mieux qu’ils disent ce qu’ils écoutent plutôt que d’écouter ce que nous disons. On apprendrait beaucoup plus.