Belgique

Plus d’un million d’enfants sont nés d’un couple qui s’est rencontré lors d’un Erasmus !

Cette estimation, diffusée en 2014 par la Commission européenne, peut paraître anecdotique. Elle témoigne néanmoins du succès d’un programme qui fête cette année ses 30 ans, et qui a permis à plus de cinq millions d’Européens de boucler leurs valises vers une destination nouvelle.

Pour un public multiple

Le programme Erasmus est né en 1987 dans la tête de l’Italien Domenico Lenarduzzi, chargé à l’époque de l’Education au niveau de l’Union. Rapidement, le succès est au rendez-vous. Des enseignants d’abord, des étudiants ensuite, profitent par milliers de l’occasion pour suivre un stage ou un cursus à l’étranger.

Au fil des années, le programme connaît différentes moutures pour devenir "Erasmus +" en 2014, et bénéficier d’un financement de 14,7 milliards d’euros pour la période 2014-2020.

L’année 2014 fut d’ailleurs l’année du renouveau. Après une période difficile d’un point de vue budgétaire, Erasmus se dote, avec son nouveau nom et un budget à la hausse, d’un programme qui finance des initiatives dans les domaines de l’éducation, de la formation, de la jeunesse et du sport.

Ce ne sont donc plus les seuls universitaires qui bénéficient de bourses Erasmus leur permettant de partir à l’étranger. A leurs côtés, on retrouve des jeunes entre 17 et 30 ans qui souhaitent se lancer dans un "Service volontaire européen". On retrouve également des professionnels, chômeurs et sportifs partant se former à l’étranger, des personnes souffrant d’un handicap, ou des organisations de jeunesse bénéficiant de subsides… Les possibilités sont devenues très nombreuses, avec pour point commun de favoriser la coopération internationale, et la mobilité de la jeunesse européenne au sein de l’Union et à travers le monde.


Un public belge très varié

Au cœur de ce qui est, pour certains, le dernier succès de l’Union, se trouvent la Belgique et sa Fédération Wallonie-Bruxelles. Ayant pu faire bénéficier plus de 91 000 Belges francophones d’une bourse Erasmus en trente ans, "la Fédération se présente comme un très bon élève européen", se félicite Albert Renard, président de l’AEF-Europe, l’Agence francophone pour l’éducation et la formation qui chapeaute la partie éducation et formation du programme Erasmus + en Belgique francophone.

"Nous engageons 100 % des budgets européens dont nous bénéficions. En 2017 ils s’élevaient à 14,5 millions d’euros, explique-t-il. Nous utilisons également les budgets que nous verse la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ces derniers s’élèvent à 1,85 million d’euros par an. Grâce à ces budgets, 18 % des jeunes de l’enseignement supérieur qui partent sont issus de milieux socio-économiques défavorisés."

En ce sens, la Fédération a de la chance. Malgré les budgets conséquents que l’Union investit dans le programme Erasmus, certains pays ne peuvent financer ni l’ensemble des demandes, ni les jeunes les plus défavorisés.

Du côté du Bureau international jeunesse (BIJ) qui gère en Belgique francophone la partie jeunesse du programme, la directrice Laurence Hermand est tout aussi positive. "Les projets que nous finançons touchent un public très divers et sont très variés ( voir témoignages ci-contre ) . Quarante pour cent des jeunes qui passent par le BIJ et partent notamment grâce à lui sont des jeunes dits défavorisés." Avec plus d’1,2 million d’euros de dotation annuelle, Erasmus + permet chaque année au BIJ d’octroyer des bourses à 1 300 jeunes par an, et à 300 animateurs de jeunes.

Ces différents budgets et projets font qu’en Fédération, sur les 91 000 personnes qui ont bénéficié du programme Erasmus depuis sa création, on recense, entre autres, 59 000 étudiants, 6 400 enseignants, 5 300 apprenants ou 12 000 jeunes. Ces chiffres progressent d’année en année (voir infographie ci-dessous pour ce qu’il en est des étudiants).

Un avenir en suspension

Et l’avenir ? A court terme il s’annonce bon. Soucieux d’accompagner le succès du programme Erasmus, le ministre de l’Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt (PS) a décidé d’augmenter la dotation budgétaire de 10 % chaque année d’ici 2020. A la suite de cette décision, les universités et hautes écoles pourront augmenter de 50 euros par mois les bourses des étudiants qui ne sont pas bénéficiaires d’autres allocations d’études. Elles seront comprises entre 250 et 350 euros par mois en fonction du pays de destination.

A moyen terme, les questions demeurent. L’Union va évaluer dès cette année le programme Erasmus + afin de savoir s’il devra être poursuivi au-delà de 2020. Le montant des budgets européens qui lui seront alors alloués doit encore être déterminé.

Au vu des retours positifs qu’engrange le programme, peu imaginent que ces budgets puissent être revus à la baisse. Mais c’est aussi la situation politique de l’Union elle-même qui les déterminera.

Nabil: "Erasmus a permis à des jeunes de retrouver confiance en la société belge"

Double champion du monde de kick-boxing, l’éducateur Nabil Mahjoubi est en contact permanent avec la jeunesse défavorisée de Bruxelles. "C’est après avoir discuté avec ces jeunes que j’ai cherché des financements pour leurs projets. Nous sommes arrivés au Bureau international jeunesse qui nous a proposé des bourses disponibles grâce au programme Erasmus. Mais honnêtement, aucun des 30 jeunes n’y croyait vraiment. Jusqu’au bout, alors que l’élaboration des dossiers était difficile, plusieurs pensaient abandonner, certains que cela ne servait à rien et que les promesses de financement reçues étaient une fois de plus des promesses en l’air. Et pourtant, ils y sont arrivés. Ces jeunes ont monté un projet d’échanges avec des jeunes de Valenciennes. Il en a résulté des séjours en France et bientôt en Belgique. Les thèmes s’articulent autour de l’hygiène de vie et du théâtre, et beaucoup de jeunes ont gagné en confiance, et ont renoué avec la société belge. Quand on sort un jeune de sa zone de confort, il se révèle, et gagne en maturité."

Joséphine: "Une telle expérience nous aide à découvrir quelles sont nos ressources"

Parmi les programmes Erasmus, se trouve le Service volontaire européen, le SVE, dans lequel 1 200 jeunes Belges se sont engagés depuis 30 ans. Ce programme permet de découvrir l’Europe quelques semaines ou plusieurs mois en travaillant pour des collectivités ou des associations. C’est dans ce service que Joséphine a choisi de s’engager en 2012. A l’époque, elle a 18 ans et besoin de mûrir son choix d’orientation. "Le SVE m’a conquise. Son offre dans le volontariat, l’apprentissage d’une autre langue, la structure d’accueil et les financements qu’il garantit sont de vrais plus. Je suis donc partie un an au sud de Berlin pour encadrer des groupes de jeunes. Outre l’apprentissage de l’allemand, je garde de cette expérience un souvenir magnifique. Elle fut même une année clé dans mon développement personnel. Face aux difficultés dans lesquelles nous plonge une telle expérience (nécessité de nouer de nouveaux liens d’amitié…), on apprend à découvrir ses propres ressources."

Alice: "Il ne faut pas aller très loin pour être dépaysé"

Si Alice a choisi de partir en Erasmus aux Pays-Bas, ce n’est pas pour le néerlandais. "Groningen était l’une des rares destinations qui proposait un cursus entièrement en anglais, explique l’étudiante en journalisme à l’UCL. J’avais envie de découvrir une nouvelle culture. Il ne faut pas aller très loin pour être dépaysé." Nouer des contacts avec des néerlandophones ne fut cependant pas toujours simple. Outre la barrière de la langue, un voyage Erasmus ne facilite pas toujours la rencontre avec les autochtones. "On est avec des étudiants différents à chaque cours. De plus, les Erasmus vivent dans la même résidence. On est donc souvent avec des étrangers." L’université de Groningen cultive son interculturalité. Elle accueille beaucoup d’étudiants, d’échange et travaille avec des professeurs de diverses nationalités. Alice ne regrette donc pas cette expérience. Elle note toutefois que les accords interuniversités mériteraient d’être améliorés. L’université hollandaise n’acceptant pas d’Erasmus en journalisme, la Namuroise n’a pas pu suivre ces cours.

Tiffany: "Le programme a permis d’accroître l’autonomie des jeunes"

Tiffany Candeloro est responsable dans une ASBL d’Accompagnement de jeunes en milieu ouvert (AJMO) à Charleroi. Elle y accompagne des jeunes en difficulté. Les AJMO, en Belgique, offrent un soutien précieux à de nombreux jeunes qui s’y reconstruisent à travers, notamment, des activités et des projets. Pour concrétiser certains d’entre eux, les bourses Erasmus sont précieuses. "En 2014, plusieurs jeunes ont lancé un projet interculturel avec des Roumains, des Espagnols et des Polonais. Pendant dix jours, ils ont échangé ensemble en Pologne autour des stéréotypes. Comme l’anglais n’était pas toujours acquis, ils l’ont fait à travers le sport. Au fil des rencontres et des années, leurs intérêts communs se sont précisés, notamment autour des stéréotypes qui brouillent les relations filles-garçons. Le financement veille à ce qu’un projet soit très précis. Mais il permet aussi de mettre les jeunes à l’ouvrage. Ce sont eux qui le montent, qui en sont responsables. Cela les fait grandir en autonomie."