Belgique

Avec Pol Boël, décédé à l'âge de 84 ans, c'est davantage que sa personnalité forte (et contestée), mais une époque et "un monde" qui disparaissent.

Par ailleurs oncle de Delphine, ex- "fille cachée" d'Albert II, le Louviérois appartenait à une nombreuse lignée, apparentée à d'autres grands noms des affaires et de la noblesse mêlées - les Davignon, Solvay, Janssen, Bracht, Tesch, Emsens, de Jonghe d'Ardoye, Goblet d'Alviella et autres. Il était surtout arrière-petit-fils de Gustave Boël, l'un de ces capitaines d'industrie du XIXe qui firent la grande époque de la Wallonie en général et du Hainaut en particulier. C'est lui qui, fils de cultivateurs du Tournaisis, était entré tout jeune aux laminoirs Boucqueau, dont il hérita en 1880 pour en constituer les usines sidérurgiques qui porteraient longtemps son nom.

Gustave serait aussi sénateur et bourgmestre libéral de la cité de la Louve; Pol sera également sénateur PRL (de 1985 à 1995) et conseiller communal (de 2000 à 2006). Au Parlement, lui, en quelque sorte le dernier Louviérois de sa famille, il s'impliqua beaucoup pour sa région du Centre, dont la mise à gabarit du canal et les ascenseurs de Strépy. Mais c'est surtout comme patron (Groupement des Hauts-Fourneaux, UWE, FEB...), et même comme l'homme de fer, que ce licencié en sciences restera.

Ainsi le défunt tempêta-t-il, au long des années 80, marquées par la crise politique et socio-économique à répétition de Cockerill Sambre, contre l'interventionnisme public déployé pour le jeune fusionné carolo-liégeois, en lequel il voyait de la concurrence faussée. Dans le contexte communautaire explosif du moment, les sorties du Wallon ne passaient pas inaperçues... Cette profession de foi classiquement libérale n'empêcha d'ailleurs pas la famille de gérer le fonds Boëlinvest, alimenté par l'Etat.

Après quoi le vent tourna mauvais. Après quatre générations de croissance en famille, la sidérurgie louviéroise en déclin passait pour moitié, en 1997, sous le giron hollandais du groupe Hoogovens. Deux ans suffirent pour craindre le pire. Les Boël se retiraient complètement en 1999, lorsque l'usine fut reprise par les Italo-Suisses de Duferco. Lesquels, contre les attentes du début, ont su lui rendre de la croissance, emploi compris.

De leur côté, à l'instar d'Albert Frère, mais en plus discret et familial, les Boël et apparentés pouvaient se replier sur la seule finance, singulièrement sur la holding Sofina dont les origines sous forme d'Union financière Boël remontent à 1928. Ce qui en fait l'une des familles les plus fortunées du pays. Ce qui en fait aussi une cible familière, voire la bête noire, de la gauche.