Belgique

Les partis francophones peuvent pousser un grand "ouf" de soulagement. Les 11 députés FDF du Parlement bruxellois ont finalement, et au terme d’une lutte épique avec certaines formations politiques néerlandophones, obtenu le statut de groupe dans l’hémicycle régional. Entre mardi et mercredi matin, jour de rentrée pour le Parlement, les téléphones ont chauffé et les apartés se sont multipliés pour que se dégage enfin une majorité chez les néerlandophones en vue de modifier le règlement de l’assemblée (une démarche qui nécessite une double majorité). L’accord est intervenu mercredi matin en commission.

Cette modification a été taillée sur mesure par le Parti socialiste pour que les FDF, pourtant dans l’opposition, soient reconnus en tant que groupe et conservent donc une série d’avantages liés à ce statut. Pour rappel, celui-ci permet de percevoir des dotations nécessaires à l’engagement d’attachés parlementaires, ces travailleurs de l’ombre qui défrichent les dossiers et, quand il s’agit de l’opposition, aident à dénicher les points faibles des politiques menées par la majorité. Etre un groupe c’est aussi se placer en bon ordre de passage dans les interventions au perchoir du Parlement, bénéficier d’un temps de parole plus important et, surtout, d’un droit de vote dans les commissions. Tout cela, les FDF en seraient privés en vertu du règlement modifié mercredi en séance plénière puisqu’ils se sont présentés aux dernières élections régionales sous la bannière MR. Et que, nouveau rappel, le MR a dû prendre acte du départ des ouailles d’Olivier Maingain suite à l’accord intervenu au fédéral sur BHV.

Si le FDF en a fait une question de respect de la démocratie, eu égard à l’importance numérique des députés amarantes, la question a failli faire vaciller la majorité bruxelloise (PS, CDH, Ecolo/Groen !, Open VLD, CD&V). Au départ, le CD&V exigeait que le SP.A suive la majorité depuis l’opposition pour changer le règlement, ce que les socialistes néerlandophones n’ont jamais consenti à faire. Face à ce chantage, les francophones, de la majorité (PS et CDH surtout) se sont montrés fermes. Pour cause, ils pouvaient actionner la sonnette d’alarme ou encore sortir le CD&V de la majorité au profit du SP.A. Ce ne fut pas nécessaire, le CD&V acceptant in extremis de voter le texte à la condition qu’une abstention intervienne dans chaque groupe, histoire de montrer qu’on ne change pas comme ça le règlement "à la tête du client".

Mais au fait, que dit-il ce nouveau règlement ? Et bien que tout parti dont le sigle existait avant les dernières élections peut revendiquer un groupe politique au Parlement bruxellois. C’est parfait pour les FDF qui ont déjà constitué un groupe propre par le passé. Mais ça n’est pas sans conséquence, relève le SP.A dont les quatre députés se sont abstenus. "C’est la fin des cartels", prédit Elke Roex. Exemple : imaginons deux partis qui se présentent en cartel aux élections. Rien n’empêche chacune de ses composantes d’exploser au lendemain du scrutin et de réclamer un groupe politique et les moyens (publics) qui vont avec. "On ne sait pas s’ils se rendent bien compte à quel jeu ils jouent", s’interroge Elke Roex en imaginant que toutes les assemblées parlementaires du pays suivent le "modèle bruxellois". Dans la majorité, certains se demandent en souriant s’il ne serait pas opportun d’abroger cette modification avant 2014.

Soit. L’important pour le PS, et les autres partis francophones de la majorité, c’est que le MR soit bel et bien divisé (MR et FDF auraient pu former un groupe dit "technique") avant les communales et les régionales. Le PS devrait y gagner. Au passage, le CDH gagne un vice-président et un secrétaire au Parlement bruxellois, la clé D’Hondt jouant pour un nombre plus important de partis représentés. Et puis, il fallait éviter que la déclaration de politique générale de Charles Picqué soit éclipsée par le ramdam que le FDF avait prévu de faire s’il n’obtenait pas son groupe. Ces considérations expliquent-elles l’opiniâtreté des francophones à satisfaire le FDF ? Mais qu’allons-nous encore imaginer !