Belgique

L’identité musulmane et la pratique religieuse ont-elles un impact sur l’inclusion dans la société ? Non. C’est là une des indications majeures d’une enquête menée par des chercheurs de l’ULB et de la VUB auprès d’un échantillon représentatif de 700 concitoyens belgo-marocains et belgo-turcs.

La Fondation Roi Baudouin, à l’initiative de cette recherche, avait déjà publié, en 2007 et 2009, deux études sur les plus importants groupes de populations issues de l’immigration dans notre pays. Le temps était venu d’actualiser ces données. D’où cette enquête, à la fois quantitative et qualitative, pour mieux comprendre comment ces deux groupes se définissent, tant sur des réalités objectives (le niveau de revenus ou d’éducation) que sur des éléments subjectifs (la conception des rapports homme/femme, l’expérience de la discrimination…).

Un (auto) portrait parfois surprenant

Les résultats, révélés mardi, livrent un (auto) portrait nuancé, contrasté et parfois surprenant de nos concitoyens belgo-marocains et belgo-turcs, un demi-siècle après l’arrivée de leurs (grands) parents dans notre pays.

Ils chamboulent aussi une série de clichés qui ont la vie dure dans un contexte d’actualité troublé. Alors que les politiques accordent une attention croissante au problème de la radicalisation violente des jeunes musulmans, l’enquête indique que la pratique religieuse n’a pas d’influence sur la plupart des indicateurs de la participation et de l’inclusion.

Si l’identité musulmane est "fière et investie de manière assez forte" par l’écrasante majorité des répondants, les comportements et pratiques religieux sont divers, soulignent les chercheurs.

L’étude a distingué trois grands profils : ceux qui pratiquent de manière régulière; ceux qui ne pratiquent pas (ils sont minoritaires) et, surtout, ceux "qui bricolent". Elle met aussi en évidence cette individualisation de la foi musulmane par un autre biais : de nombreux Belgo-Marocains et Belgo-Turcs empruntent à différents registres et au sein de différentes sources (les parents, les livres, les amis, les collègues…) de quoi nourrir leur foi.

L’imam perd de son influence

Autrement dit : la mosquée n’est plus au centre des pratiques et perd de son emprise. Moins d’un répondant sur trois (environ 30 %) disent fréquenter la mosquée au moins une fois par semaine. Même constat par rapport au rôle de l’imam, qui est répertorié par moins de… 5 % des personnes interrogées comme source influençant leur foi.

Pour les auteurs de l’enquête, menée sous la direction de Corinne Torrekens (ULB) et Ilke Adam (VUB), ces résultats sont d’autant plus importants que ces phénomènes (le "bricolage", l’individualisation du "croire" et la perte d’emprise des institutions religieuses) constituent "les premières étapes de la sécularisation des identités religieuses".

Particulièrement interpellant

Ces indications sont aussi particulièrement interpellantes dans le cadre du débat public actuel sur l’inclusion de l’islam dans la société belge "qui s’avère extrêmement polarisé", soulignent encore les chercheurs. "Même si cela ne signifie pas que l’identité musulmane va perdre de sa saillance et de sa visibilité dans l’espace public."

La Fondation Roi Baudouin espère que cette enquête contribuera à nourrir un débat mieux informé sur les questions que pose la présence de populations dont les premiers représentants furent invités à venir travailler dans notre pays il y a plus de 50 ans. Loin de tout raccourci réducteur.


L’homosexualité n’est toujours pas acceptée

Valeurs. Il ressort de l’enquête menée par l’ULB et la VUB que les différences, en termes de valeurs, entre la population musulmane d’origine étrangère et la population non musulmane et née en Belgique ne portent pas sur la démocratie, ni sur l’égalité hommes/femmes ("et ce, contrairement aux résultats dans les pays d’origine", précisent les chercheurs), mais bien sur les questions liées à la sexualité et aux débats de société touchant à l’importance fondamentale de la vie.

"Injustifié". Ainsi, pour plus de 60 % des répondants des deux groupes (Belgo-Turcs et Belgo-Marocains), l’homosexualité n’est jamais justifiée. L’euthanasie soulève aussi de grandes réticences : 65 % des Belgo-Marocains et 54 % des Belgo-Turcs la jugent toujours injustifiée.


Les Belgo-Marocains nés ici ont le blues

Discriminations. Les personnes d’origine marocaine qui sont nées en Belgique (les deuxième et troisième générations), moins actives sur le marché de l’emploi, se disent plus souvent victimes de discrimination.

Amis musulmans. En comparaison avec les immigrés de première génération, nés au Maroc, leur sentiment de distance sociale avec les Belges "de souche" est plus grand et ils se sentent plus marocains que belges. Ils ont aussi plus souvent un groupe d’amis majoritairement musulmans.

Identité ethnique réactive. Comment expliquer cela ? La déception de ceux qui sont nés ici et qui possèdent la citoyenneté à l’égard de la discrimination est certainement plus grande que celle des immigrés. Ils développent alors une identité ethnique réactive.


Le rapport "Belgo-Marocains et Belgo-Turcs : (auto) portrait de nos concitoyens" peut être téléchargé en cliquant ici ou commandé par téléphone au 02/500.45.55