Belgique

Un témoignage, simple, sincère, émouvant, marque souvent plus qu’une argumentation. Entendu mardi en commission de l’Intérieur, à l’invitation de l’opposition, sur le projet de loi sur les visites domiciliaires, Mehdi Kassou, le porte-parole de la Plateforme citoyenne qui prend en charge les migrants du parc Maximilien, a évoqué le cas de Josiane, hébergeuse de dernière minute, la nuit de dimanche à lundi.

Le chauffeur qui, vers minuit, a pris en charge trois petits gars  –  au lieu de deux…  – pour les conduire à l’adresse indiquée a raconté, sur la page Facebook de la Plateforme, sa surprise en arrivant à l’étage. “La porte s’ouvre sur une dame de 89 ans, le sourire gravé sur son visage. Une dame en chaise roulante ayant gardé des séquelles évidentes d’un AVC, se déplaçant en faisant tourner la roue de sa chaise uniquement avec son bras droit”.

Josiane a accueilli ses invités “comme si on se connaissait depuis toujours”. Elle a montré la chambre  : “Poussez la table contre l’armoire, mettez un matelas à côté du lit, venez dans ma chambre et prenez un autre matelas. Aidez-moi à trouver une housse de matelas, voici des couettes. Suivez-moi, voici la salle de bains, veulent-ils prendre une douche ? Les toilettes sont juste à côté. Ah, attendez, il faudra mettre une bouteille d’eau dans les toilettes. Zut, je ne la trouve pas. Qu’est-ce qu’on fait  ?” Le chauffeur avance qu’une petite boite en plastique ferait l’affaire. Josiane est rassurée, emmène tout le monde dans le salon : “Voici le code wifi, j’imagine qu’ils en ont grandement besoin”.

Malgré son handicap, l’octogénaire parlait et se déplaçait avec une énergie déconcertante; elle riait facilement, raconte le chauffeur.

“Ma fille et ma petite-fille hébergent. Pourquoi pas moi ?”

Intrigué, il demande à Josiane comment elle s’est retrouvée dans le circuit d’hébergement des migrants. Elle répond le plus simplement du monde : “Ma fille héberge, ma petite-fille héberge, pourquoi pas moi ? Vous savez, mes parents étaient résistants, ils avaient tous les deux été emprisonnés pendant 7 mois parce qu’ils avaient accueilli des juifs. Je me suis occupée de la maison à ce moment-là, j’avais 15 ans !”.

Quand le chauffeur lui demande pendant combien de temps elle peut garder les trois petits gars, elle répond : “Au moins jusqu’à mercredi matin, parce qu’avec cette opération de police annoncée, il faut qu’ils soient en sécurité”.

Lundi, en fin d’après midi, Josiane et son chauffeur ont un contact téléphonique : “Tout va très bien ici, je leur ai donné un jeu de cartes, des dominos, ils ont l’air de bien s’amuser. Une dame est venue cuisiner aujourd’hui. Et puis il y a de la belle musique soudanaise. Pour la traduction, ça y est, je le fais avec Google et ça marche très bien”.

“Cela ressemble au bruit des bottes”

Cette loi, qui permettrait de pénéterer au domicile de tiers pour interpeller des migrants sans titre de séjour, provoque l’indignation au sein de la Plateforme qui compte désormais plus de 34 000 membres. “Ce qui m’a inquiété ces dernières semaines, au-delà de ce qui vous oppose, c’est de voir des gens comme Josiane qui, à 89 ans, doit télécharger des applications pour éviter la police, les contrôle routiers, d’autres qui doivent dénoncer les descentes de police à venir”, a déclaré Mehdi Kassou à la commission de l’intérieur. “Attention, cela ressemble au bruit des bottes.”