Pourquoi la Belgique n’est pas près de disparaître

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Belgique

Il croit à un avenir belge pour la Belgique. Politologue français, Vincent Laborderie travaille d’arrache-pied à l’UCL à sa thèse de doctorat sur le séparatisme en Europe. S’il scrute avec curiosité la Catalogne et l’Ecosse, il ne voit pas la Belgique imploser. Avec Nicolas Parent, alors à B Plus, il a coordonné un dossier rassemblant “des réflexions pour un fédéralisme revigoré” dans lequel interviennent des académiques francophones et néerlandophones, des historiens et des acteurs de terrain comme notre collègue de “La Libre” Paul Vaute. Au bout du livre, le politologue nous invite à ne pas succomber aux peurs, ni à considérer comme inéluctable la fin de la Belgique. “La mise en place de l’équipe Di Rupo nous a fait sortir de la plus longue crise politique qui a commencé en 2007 lorsque les vainqueurs des élections n’ont pu s’entendre sur une réforme de l’Etat.” S’il se réjouit que les acteurs politiques sont sortis du piège dans lequel ils s’étaient enfermés.

“La sixième réforme de l’Etat n’est pas votée qu’on évoque déjà la suivante. Normal : quel Etat fédéral peut prétendre être arrivé à une organisation d’une perfection telle qu’elle ne pourrait être améliorée ?” BHV a été tranché et la relation entre Bruxelles et sa périphérie clarifiée. Mais il reste deux questions. “C’est la présence de deux types d’entités fédérées – les régions et les communautés – dans le système institutionnel. Il faudra un jour choisir.” Un débat fondamental pour savoir si l’on va vers un fédéralisme à deux, à trois voire à quatre. “Le statut de Bruxelles constitue la seconde question fondamentale, intimement liée à la première. Il faudra un jour doter cette quadruple capitale d’un statut définitif.”

Voilà les vraies questions car Laborderie et Cie réfutent qu’on assiste à l’évaporation de la Belgique. “ Parler d’évaporation est révélateur : ce serait un phénomène naturel indépendant de la volonté humaine. Comme si la fin de la Belgique obéissait à une loi d’essence divine et ne dépendait pas de la volonté des citoyens ni des politiques.” Vincent Laborderie rejette cette nouvelle pensée unique présentant la fin de la Belgique dans le sens de l’histoire.

“Opposer à cette vision des éléments concrets – comme l’impossibilité d’une séparation ou le fait que les Flamands n’en veulent pas (sondages à l’appui) – reste sans effet. Cette pensée unique est une mode, et ceux qui n’y adhèrent pas seraient ‘has been’, incapables de comprendre ce qui se passe sous leurs yeux.”

Pour l’équipe de GMB, cela explique la (mauvaise) stratégie francophone qui a longtemps consisté à freiner des quatre fers pour empêcher une telle évolution, sans envisager qu’on pouvait s’en écarter. Autre constat : le maintien de la Belgique n’est plus un apanage francophone : “la marche pour l’unité est née en Flandre avec “Niet in onze Naam – Pas en notre nom”. Et c’est du Nord qu’est venue la proposition d’Erwin Mortier d’instituer un ministère de la Culture belge fédéral, en plus de ceux des gouvernements flamands et francophone”.

Pire : “la vision d’une fin de la Belgique inéluctable vire à la prophétie autoréalisatrice. C’est la perception qui façonne la réalité politique. Les événements anodins, sont interprétés comme significatifs d’un approfondissement du fossé entre Flamands et Francophones” . Comme si certains avaient intériorisé le discours de la N-VA selon lequel il n’y a qu’à constater l’évolution-dégradation de la Belgique. “Il est urgent de sortir de cette résignation mortifère. La première étape est d’ordre psychologique : l’histoire n’est pas écrite et aucun mécanisme ou force immanente ne poussera les Belges à se séparer, ni à se rapprocher d’ailleurs.” Mais “la situation d’une démocratie sans citoyens est plus grave que de voir un pays éclater. Cette peur paralysante surmontée, il faut imaginer des projets positifs” . Là, le livre n’en manque pas : “Outre la circonscription fédérale, Philippe Van Parijs a développé une vision originale pour Bruxelles. On peut aussi revenir plus de Belgique. Comme la refédéralisation de certaines compétences (commerce extérieur, sport de haut niveau, normes environnementales) sur base du principe de subsidiarité.”

Et si la N-VA se renforce en 2014 ? “Il faut d’autres manières de négocier. Consulter la population peut être une option. Pas sur la scission puisque la réponse – négative en l’occurrence – est déjà connue mais les citoyens pourraient se prononcer sur un projet de réforme si les partis ne trouvent de consensus, ou s’ils doivent être rassurés sur la volonté de la population d’appuyer la réforme.” Ici “GMB” prend en modèle le G1000 qui a montré que la démocratie participative était possible.

“Good Morning Belgium”, Editions Mols, 210 pp., 20 €.
“Il est urgent de sortir de cette résignation mortifère. La première étape est d’ordre psychologique.”Vincent Laborderie

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