Belgique

Naya la louve avait faim. Elle se glissa dans un pré, tua deux moutons et mordit un troisième, qui survécut. Seule une des bêtes finit dans son estomac. Pourquoi ne s'est-elle donc pas contentée d'en tuer une? Sur les deux moutons retrouvés morts samedi matin à Meerhout, seul un a été dévoré. Le second a été tué selon la méthode de chasse employée par les loups, avec une morsure dans le cou, mais pour le reste son corps était intact.

"C'est un phénomène connu", explique un spécialiste qui collabore avec l'Institut flamand pour l'étude de la Nature et des Forêts, Koen Van Den Berge. Les scientifiques parlent de "surplus killing" (abattage en surplus). On observe ce comportement aussi chez les renards, par exemple, qui tuent souvent toutes les poules d'un poulailler.

Les abattages excédentaires correspondent à des situations où les proies sont en panique, mais ne peuvent pas fuir. Domestiqués, les moutons ne savent plus très bien non plus comment se comporter face à un loup, ce qui en fait des proies d'autant plus accessibles.

Lorsque des loups attaquent des chevreuils, qui vivent souvent regroupés en hiver, ils ne visent qu'un individu. "Les autres chevreuils s'enfuient à la vitesse de l'éclair. Les loups se satisfont donc par la force des choses d'une seule proie", selon M. Van Den Berge.

Le fait que des prédateurs abandonnent des animaux qu'ils ont tués peut sembler illogique, mais c'est un phénomène récurrent. "Il est plausible que, si le lieu de sa partie de chasse n'avait pas été perturbé dans le cadre de l'enquête, Naya serait retournée manger l'autre cadavre", estime le biologiste.

La ferme où elle a sévi est assez isolée. Les loups ont peur des humains mais, la nuit, ils osent davantage circuler dans des lieux fréquentés.

En tout cas, au vu de la quantité de viande ingérée, Naya a agi seule, précise Koen Van Den Berge. On n'a pas retrouvé de trace d'autre loup.

Un loup pourrait-il aussi s'en prendre à un enfant qui se serait perdu la nuit? En théorie oui, "mais les précédents sont très rares", rassure le chercheur. "Lorsque, exceptionnellement, cela se produit, les responsables sont souvent des loups croisés avec des chiens. De tels croisement existent uniquement dans les régions où vivent aussi de vrais chiens sauvages, ce qui n'est pas le cas chez nous. Les chances que Naya se reproduise avec un chien sont très faibles. Il se peut en revanche que des chiens soient attirés par elle quand elle est en chaleur. Mais je déconseillerais à tout chien de tenter son coup, car il risquerait de finir comme les moutons", conclut-il.

La présence de Naya en Belgique a pu être attestée grâce à l'émetteur GPS dont l'ont équipée des chercheurs de l'université de Dresde, en Allemagne, afin de suivre ses déplacements, étudier son régime alimentaire et connaître les lieux qu'elle affectionne pour se reposer, entre autres.