Belgique

Des lecteurs ont été frappés par la forte proportion d'étrangers parmi les détenus qui se sont évadés de la prison de Termonde, samedi. Parmi les dix-huit prisonniers toujours en cavale, il n'y a, en effet, que trois Belges pour trois Géorgiens, deux Croates, trois ressortissants de l'ex-Yougoslavie, trois Lettons, deux Roumains, un Arménien et un Lituanien.

La proportion de détenus étrangers dans les prisons du royaume est importante, inutile de s'en cacher. Dans une réponse à une question parlementaire posée par la députée CD&V Nahima Lanjri, la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, a récemment indiqué qu'à la date du 3 mai 2006, on comptait 9 737 détenus dans les établissements pénitentiaires du pays, dont 3 621 sont en détention préventive.

Sur ces 9 737 personnes, 5 650 sont Belges et 4 087 étrangers (une centaine de nationalités sont concernées), ce qui représente une proportion légèrement inférieure à 42 pc. S'agissant des détenus «préventifs», ce taux passe à 52,4 pc (1 724 prévenus belges et 1 897 étrangers). En tête du «hit-parade», les Marocains (1 117 détenus) suivis par les ex-Yougoslaves et les Italiens (242), les Français (229), les Turcs (226), les Néerlandais (178), les Algériens (161) et les Roumains (116).

Ces chiffres signifient-ils que les étrangers sont davantage attirés par la criminalité que les Belges? La question appelle une réponse nuancée. Comme l'indiquent à la fois, Dan Kaminski, professeur à l'école de criminologie de l'UCL, et Ann Jacobs, criminologue à l'ULg, à chaque étape de la procédure pénale, de l'arrestation à la condamnation, et à délit équivalent, le poids de la répression est plus lourd pour un étranger que pour un Belge.

En raison du comportement raciste des juges? Non, en raison plutôt d'éléments objectifs. Exemple: la détention préventive touche davantage les étrangers pour une simple question de garantie de représentation. Le risque de voir un étranger qu'on aurait libéré pendant l'instruction s'évanouir dans la nature et échapper aux poursuites est considéré par les magistrats comme plus élevé que lorsque l'inculpé est Belge.

Les allochtones ne sont pas nécessairement plus lourdement condamnés que les autres mais, selon Ann Jacobs, les juges prononcent moins de peines alternatives à leur égard, le contrôle de l'exécution de la sanction s'avérant plus malaisé. Par ailleurs, ils bénéficient moins souvent de mesures de libération conditionnelle car il leur est plus difficile de répondre aux conditions mises à leur libération. Ils sont donc plus nombreux à purger la totalité de leur peine.

Assistant à l'ULg, Vincent Seron observait récemment que les étrangers font davantage que les Belges l'objet d'une surveillance pro-active de la part des services de police, ce qui les conduit à entrer plus aisément dans l'engrenage de la justice pénale. De nombreux étrangers sont confrontés à une réalité sociale qui les fragilise et les amène plus souvent que d'autres à commettre des délits. C'est vrai, notamment, pour nombre de Marocains et de Turcs, qui appartiennent à des classes défavorisées que la délinquance frappe davantage.

D'autres font partie de réseaux criminels et mafieux que la Belgique attire pour toute une série de raisons. C'est notamment vrai pour les membres de bandes venues du sud et de l'est de l'Europe.

© La Libre Belgique 2006