Belgique

A entendre les syndicats, le dossier des jours de crédit a fait déborder le vase des cheminots. De quoi parle-t-on ? De salaire en réalité. Au cœur des années 90, le débat était à peu près le même que celui qui secoue les chemins de fer aujourd’hui.

Les partenaires sociaux négociaient une augmentation de la productivité des travailleurs du rail. A l’époque, il avait été convenu que le personnel travaillerait 38 ou 40 heures par semaine mais ne serait payé que pour 36 heures. Ces heures non payées seraient compensées par 13 jours de récupération, des jours dits de crédit, qui s’ajouteraient aux 24 jours de congés légaux des cheminots. Ces derniers abandonnaient dans l’affaire environ 2 % de salaire.

Mais ce n’est pas l’ensemble du système qui est menacé par la direction des chemins de fer depuis 2015. La réforme vise ce que la direction appelle des "anomalies" dans le système. Celui-ci dispose en effet que lorsque le cheminot ne travaille pas (car en maladie ou en congé par exemple) ses heures supplémentaires continuent à être compensées en jours de crédit.

La circulaire qui annule cette règle - et qui a fait bondir dans les rangs des travailleurs - prévoit la perte d’un jour de crédit par absence de 18 jours. "Si un cheminot prend 18 jours d’affilée de congé, il perd donc un jour de crédit", précise Michel Abdissi, président de la CGSP Cheminots. La circulaire fait donc grosso modo perdre deux à deux jours et demi de crédit par an.

Jours de circonstance menacés

Cette disposition a fait démarrer le mouvement de grève mercredi dans les ateliers de la SNCB où les travailleurs "effectuent un travail pénible" et dont les jours de récupération sont donc précieux, précise Philippe Dubois, secrétaire bruxellois de la CGSP Cheminots. "C’est la goutte qui a fait déborder le vase, le dossier de trop, ne cesse de répéter Michel Abdissi. Nous avons déjà fait des efforts substantiels en matière de productivité. Depuis le début de l’année, par exemple, on ne laisse plus le choix aux cheminots de récupérer le travail du dimanche, il est automatiquement payé. Aujourd’hui la direction souhaite supprimer certains jours de circonstances, pour les mariages ou les décès. La coupe est pleine."

A la CSC Transcom, on réfute également l’idée selon laquelle les cadres syndicaux furent "débordés" par leur base. "Le mouvement vient de la base, c’est indéniable, confie Mariane Lerouge pour la CSC Transcom. Mais nous soutenons cette action et les grévistes seront indemnisés." Et de revenir elle aussi sur la genèse du conflit : la réunion de la commission paritaire nationale de décembre 2015 où un protocole social fut adopté sans l’accord des syndicats. "Un premier coup de force", dénonce la CSC Transcom. La procédure fait d’ailleurs l’objet d’un recours au Conseil d’Etat qui ne s’est pas encore prononcé.

Au frigo

"Ensuite, nous avons négocié deux mois durant lesquels la direction a mis cette mesure sur les jours de crédit au frigo. Elle la ressort aujourd’hui dans une circulaire distribuée à tous les travailleurs, précise Mariane Lerouge. Les affiliés avaient fait grève surtout sur ce dossier en janvier. C’est donc la direction, qui ne pouvait ignorer les réactions que cela susciterait, qui a choisi ce moment."