Belgique

"Le rôle de Sofien Ayari est plus important qu'il ne veut l'admettre. Son système de défense, qui consiste à ne pas se souvenir, est aussi lâche que les actes qu'il a commis et que le groupe auquel il appartient", a plaidé Me Valérie Lefèvre, qui représente des policiers victimes, aux côtés de Me Bauwens. Plusieurs policiers se sont constitués parties civiles contre Salah Abdeslam et Soufien Ayari, prévenus devant le tribunal correctionnel de Bruxelles pour tentative de meurtre dans un contexte terroriste et pour possession illégale d'armes à feu. "Les membres du groupe auquel Sofien Ayari prend part lorsqu'il arrive en Belgique ne sont pas des bons samaritains. Et les objectifs de ce groupe étaient très clairs dès le début: se battre en première ligne et terroriser le peuple mécréan", a avancé Me Valérie Lefèvre qui a complété la plaidoirie de son confrère Me Bauwens.

"Egalement, dans certaines des caches où Sofien Ayari a séjourné, à Auvelais, Charleroi, Laeken... Des explosifs étaient entreposés, ce qu'il ne pouvait ignorer. Le rôle de Sofien Ayari est plus important qu'il ne veut l'admettre. Son système de défense, qui consiste à ne pas se souvenir, est aussi lâche que les actes qu'il a commis et que le groupe auquel il appartient", a soutenu l'avocate.

"Même si le 15 mars 2016, tout s'est passé dans la précipitation, le projet criminel était arrêté de longue date et même bien réfléchi", a-t-elle plaidé, rappelant qu'il ressortait de l'enquête que d'autres attentats, notamment à l'aéroport de Skipol aux Pays-Bas, étaient envisagés par la cellule.

"Lutter contre les injustices, c'était ça sa motivation"

Me Laura Séverin a évoqué, dans le cadre de sa plaidoirie, jeudi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, la jeunesse tourmentée de son client, Sofien Ayari. "Lutter contre les injustices, c'était ça sa motivation lorsqu'il a rejoint l'Etat Islamique (EI) en Syrie", a-t-elle dit. "Sofien Ayari a un profil différent de ceux qu'on rencontre dans ce genre de dossier. Lutter contre les injustices, c'était ça sa motivation lorsqu'il a rejoint l'Etat Islamique (EI) en Syrie. Il voulait aider la population syrienne. Mais il vous l'a dit, il n'était pas d'accord avec tout ce qu'affirmait et faisait l'EI", a plaidé Me Séverin.

"Le 17 décembre 2010, Soufien Ayari n'est qu'un Tunisien de 17 ans intelligent et cultivé lorsque Mohamed Bouazizi s'immole par le feu en Tunisie, là où le président Ben Ali a décidé de tout garder pour lui. C'est dans ce contexte d'inégalités et d'injustice que Soufien Ayari passe sa jeunesse. Il veut lui aussi hurler sa colère et c'est ainsi que quelques années plus tard, à 21 ans, il rejoint la Syrie, avec l'ambition de mettre fin au régime de Bachar el-Assad. Sa famille a été très marquée par son départ", a encore évoqué l'avocate.

"Salah Abdeslam et Sofien Ayari ne voulaient pas mourir"

Les prévenus "ne voulaient pas mourir ni faire un plus grand carnage" après avoir fui l'appartement conspiratif de la rue du Dries, a affirmé jeudi dans sa plaidoirie Me Isa Gultaslar, conseil de Sofien Ayari. Pour le parquet, dont Me Gultaslar a salué "la sobriété du réquisitoire", contrairement à la "véhémence de certaines parties civiles", les suspects ont entendu les policiers entrer dans l'immeuble et ont donc eu le temps de se préparer, a rappelé l'avocat.

Mais, "quand on est déterminé, on sort sur le palier pour tirer sur les policiers", a-t-il rétorqué. "Si on y va à deux, on peut faire au moins quatre ou cinq morts" parmi les policiers, a ajouté l'avocat, avant d'égréner plusieurs scénarios macabres qui auraient pu témoigner de l'intention terroriste des prévenus.

L'appartement de la rue du Dries, au premier étage, n'était pas très haut, a fait remarquer Me Gultaslar. Un prévenu aurait dès lors pu tirer sur les policiers pendant que l'autre se postait à la fenêtre pour les exécuter à leur sortie de l'immeuble. Belkaïd blessé, ils auraient pu provoquer bruyamment les policiers pour les faire venir et le venger, a-t-il poursuivi.

Sofien Ayari connaissait le quartier densément peuplé de la place Saint-Denis puisqu'il faisait des courses, il aurait donc pu décider d'aller faire un carnage dans un supermarché ou sur les terrasses. Ils auraient pu mitrailler des gens dans la rue, a encore fait remarquer l'avocat.

Me Gultaslar souligne aussi que contrairement aux craintes des policiers, les prévenus n'ont pas pris d'otage alors qu'ils ont croisé une jeune femme dans la maison qu'ils ont traversée pour rejoindre la rue de l'Eau, où ils ont abandonné leur arme.

Le conseil de Sofien Ayari estime également que, puisqu'ils n'avaient pas d'arme lorsqu'ils ont été appréhendés trois jours plus tard à Molenbeek, chez le cousin de Salah Abdeslam, ils n'avaient pas l'intention de mourir. "Pourtant, mourir en martyr est le statut le plus recherché" par les djihadistes, a insisté l'avocat. "Ils auraient pu trouver une arme, c'est si facile à Molenbeek, et faire un nouveau Fort Chabrol. Mais ils ne voulaient ni mourir ni faire un plus grand carnage."