Belgique

"L'attitude des prévenus [Salah Abdeslam et Sofien Ayari] a précipité le passage à l'acte des frères El Bakraoui et de Najim Laachraoui le 22 mars 2016", a rappelé Me Guillaume Lys, jeudi, pour démontrer que l'association de victimes des attentats de Bruxelles qu'il représente a un intérêt à être partie civile contre Salah Abdeslam et Sofien Ayari. Ces derniers sont actuellement prévenus devant le tribunal correctionnel de Bruxelles pour répondre de la fusillade qui a eu lieu rue du Dries à Forest le 15 mars 2016, quelques jours avant les attentats de Bruxelles. Me Guillaume Lys, l'avocat de V-Europe, une association qui rassemble 200 victimes des attentats de Bruxelles, a pris la parole devant la 90e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles, jeudi, pour démontrer que sa demande de constitution de partie civile dans le procès "de la fusillade rue du Dries" est fondée.

Ce dernier a rappelé que la résistance armée de Salah Abdeslam, Sofien Ayari et Mohamed Belkaïd (décédé) face à la police le 15 mars 2016, rue du Dries à Forest, avait provoqué le passage à l'acte d'Ibrahim El Bakraoui, Khalid El Bakraoui et Najim Laachraoui le 22 mars 2016 à Bruxelles.

Il a précisé que, selon l'enquête, la cellule à laquelle appartenaient tous ces hommes avait au départ prévu de commettre un attentat dans le métro parisien en juillet 2016, pendant la coupe du monde de football organisée en France, et à l'aéroport de Schiphol à Amsterdam, aux Pays-Bas.

Le fait que Salah Abdeslam et Sofien Ayari avaient été débusqués à Forest le 15 mars 2016, puis arrêtés deux jours après à Molenbeek-Saint-Jean, avait poussé leurs complices à agir plus tôt et plus près, avant d'être repérés à leur tour.

Le 22 mars 2016 au matin, les frères El Bakraoui et Najim Laachraoui étaient partis de leur planque rue Max Roos à Schaerbeek. Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui s'étaient ensuite fait exploser dans le grand hall de l'aéroport de Zaventem et Khalid El Bakraoui dans le métro bruxellois, à la station Maelbeek. Les attentats avaient fait 22 morts et une centaine de blessés.

Ainsi, selon Me Guillaume Lys, il y a bien un lien direct entre le préjudice subi par les victimes des attentats du 22 mars 2016 et cette fusillade à Forest. Il a ajouté que ces faits s'inséraient "dans un continuum entre les attentats de Paris de novembre 2015 et ceux de Bruxelles".

L'avocat doit en effet démontrer que sa cliente a subi un préjudice direct et personnel à la suite de la fusillade rue du Dries, et qu'elle a un intérêt légitime à agir.

"V-Europe a trois objectifs: premièrement, rassembler les victimes afin qu'elles s'entraident. Deuxièmement, lutter contre le terrorisme car les victimes en connaissent la dure réalité. Troisièmement, tenter de savoir, de connaître la vérité, pour essayer de trouver un sens à ce qui a frappé les victimes sans crier gare", a-t-il argué.

Il demande une réparation d'un euro symbolique, pour dommage moral, l'essentiel de son action étant de permettre aux victimes de connaître le dossier et de comprendre pourquoi les attentats ont eu lieu.

La défense des prévenus a pu réagir, jeudi, à la plaidoirie de Me Lys. Me Sven Mary, conseil de Salah Abdeslam, n'a pas souhaité commenter, renvoyant le tribunal à ses conclusions sur cette question. Lors des précédentes audiences, il avait déjà dit qu'il s'opposait à cette demande de constitution de partie civile.

Me Isa Gultaslar, conseil de Sofien Ayari, s'est joint à la position de Me Mary. "Je pense en effet que cette demande n'est pas recevable dans l'état actuel du droit belge", a-t-il dit. "Même en France, vous ne pourriez pas vous constituer partie civile", s'est-il adressé à la partie adverse, rappelant encore que Salah Abdeslam et Sofien Ayari ne sont actuellement pas poursuivis pour les attentats de Bruxelles.


Les victimes du 22 mars ont "besoin d'être reconnues pour pouvoir avancer"

Les victimes des attentats de Bruxelles ont "besoin" d'être reconnues comme parties civiles au procès de Salah Abdeslam et Sofien Ayari pour la fusillade de la rue du Dries, en mars 2016, pour pouvoir "se projeter dans l'avenir", a encore souligné jeudi à la sortie de l'audience Me Guillaume Lys. "On a eu l'occasion de s'exprimer en profondeur sur une question de droit qui est importante, parce qu'elle pourrait changer la jurisprudence" sur la reconnaissance de victimes qui n'ont pas été directement impliquées dans des faits, s'est félicité l'avocat de l'association.

Pour ces dernières, il est essentiel que ce qu'elles ont vécu soit "reconnu, pour pouvoir comprendre et se projeter vers l'avenir", a poursuivi Me Lys.

Pour le conseil de V-Europe, se constituer partie civile au procès des attentats de Bruxelles n'est pas suffisant. "A partir du moment où les affaires sont disjointes, il nous semble qu'il faut être présent à tous ces événements pour pouvoir les comprendre dans leur complexité. Il y a des liens entre tout ce qu'il s'est passé et on ne peut pas dissocier les choses."

"Si on enlève une partie du puzzle, les victimes n'auront pas accès à toute la vérité à laquelle elles ont droit", a renchéri le président de V-Europe, Philippe Vansteenkiste, dont la sœur a été tuée à Brussels Airport le 22 mars.

"Au-delà de cette quête de vérité, le but de notre association, qui représente près de 200 personnes et qui collabore avec des associations françaises similaires, est de combattre le terrorisme. Il est de notre devoir d'être présent", a-t-il conclu.


Verdict le 23 avril

La décision du tribunal, tant sur le fond que sur la demande de constitution de partie civile, sera prononcée le 23 avril à 8h45. V-Europe a aussi réclamé un euro symbolique de dommages et intérêts.