Belgique

Ce vendredi, à 8h30, débute devant la 44e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles le procès intenté à 18 membres de collectifs contre les expulsions et les centres fermés.

Un premier dossier concerne des actions menées en 1998 à Bruxelles: blocage d'un fourgon cellulaire de l'Office des étrangers convoyant un mineur d'âge somalien vers l'aéroport en vue de son expulsion; fuite de 30 sans-papiers du centre 127 bis pendant un rassemblement de soutien à Semira Adamu; projection d'oeufs sur un fourgon transportant une évadée reprise; manifestation devant le centre fermé 127 bis... Parmi les charges retenues contre les prévenus: destruction de clôture (du 127 bis), aide à évasion de détenus, entrave méchante à la circulation, rébellion avec violence, outrage à agent...

Un second dossier, relatif à la manifestation du 3 octobre 1999 à Steenokkerzeel contre l'expulsion collective de 74 Tziganes, concerne un seul prévenu, Pascal Marchand, membre du Collectif contre les expulsions. Il est accusé de tentative de vol ainsi que de coups et blessures à l'encontre d'un gendarme en civil qui prenait des photos. Il lui est aussi reproché la destruction de la grille du centre 127 bis. Un premier jugement condamnant l'intéressé par défaut à un an de prison ferme fut cassé et reporté; la cause est jointe au dossier du Collectif contre les expulsions.

3000 signatures

Il y a plus d'un an, au moment des premières inculpations, un comité de soutien s'est constitué autour des collectifs, dénonçant les poursuites contre les militants qui s'opposent aux expulsions et exigent la vérité sur la mort de Semira Adamu. Aujourd'hui, plus de 3000 noms figurent au bas de l'appel en faveur des «résistants» face à «une politique d'expulsion et d'enfermement qui n'a fait que s'aggraver».

Dans les rangs des signataires, on trouve entre autres le professeur Paul Löwenthal (UCL), le sociologue Mateo Alaluf (ULB), la philosophe Isabelle Stengers (ULB), le professeur Herman De Ley (RUG), ainsi que des parlementaires Ecolo et PS, des syndicalistes, des responsables associatifs...

Autant de voix qui s'élèvent contre «une criminalisation des actes de solidarité qui s'accentue» et «le droit à la contestation qui semble de plus en plus menacé». A l'entame du procès, le comité de soutien mobilise à nouveau autour de deux objectifs: affirmer le sens politique des actions des militants contre les expulsions; obtenir l'acquittement des prévenus.

Un procès politique? «Certainement pas», réagit Freddy Roosemont, nouveau patron de l'Office des étrangers. «Ces gens ont leurs idées mais il n'y a pas de dialogue possible avec eux: ils sont tellement convaincus du bien-fondé de leurs arguments qu'ils sont sourds à ceux des autres. Dommage: ils ont peut-être des choses à nous apprendre.»

© La Libre Belgique 2003