Belgique Entretien

Jean-Paul Procureur raccroche le gant politique. L’ex-journaliste-présentateur de "Cartes sur table", élu depuis 2004 sur les listes du CDH, quitte la scène politique et revient à la RTBF. Il s’explique sur son choix et livre une analyse de l’état de la galaxie orange.

Pourquoi choisissez-vous de retourner à la RTBF ?

Je ne suis plus élu parlementaire et je rejoins donc la RTBF, d’où j’étais en congé politique, à partir du 1er juillet prochain. Le parti m’a demandé d’attendre et de ne pas partir - au vu de mon très bon score électoral - mais je ne veux pas attendre un poste éventuel. Le poste qui m’intéressait, c’était celui de sénateur coopté; or le CDH l’a perdu le 13 juin dernier

Le CDH a perdu ce poste de sénateur au profit d’Ecolo…

Oui, au Sénat, le CDH est passé en dessous d’Ecolo, on a perdu ce poste pour 20 000 voix d’après les calculs de Francis Delpérée. Joëlle Milquet avait décidé de mettre toutes les forces à la Chambre. Un exemple : à la seconde place au Sénat, on avait Vanessa Matz, qui a fait 25 000 voix de préférence, à la place d’Anne Delvaux, qui en avait fait 115 000 il y a trois ans

Mais vous auriez pu être repêché dans un cabinet ministériel…

Oui, et ça ne m’intéresse pas du tout ce genre de repêchage. Joëlle Milquet m’a écrit en me disant que ma place était plus que jamais parmi eux, etc. C’est non Je n’attends rien du parti, je n’attends aucun cadeau du parti, je suis journaliste à la RTBF en congé politique, je pouvais regagner ma place quand je voulais, c’est donc ce que j’ai choisi de faire. Je ne veux aucun poste dans l’appareil du CDH.

Quel est votre état d’esprit personnel alors que vous quittez le navire orange ?

Je suis extrêmement serein. J’ai fait un excellent score par rapport à la moyenne du parti. J’ai juste perdu 800 voix quand d’autres en ont perdu plus de 6 000 ! Pour être clair : à la 4e place dans le Hainaut à la Chambre, je perds 800 voix, la 3e sur la liste, Véronique Salvi, en perd 6 000.

Le bulletin de santé du CDH est mauvais. Etes-vous inquiet pour le futur de ce parti ?

Oui. Je vais prendre l’exemple du Hainaut que je connais le mieux. Nous étions face à une machine de guerre socialiste. C’est la machine parfaitement bien huilée avec un Di Rupo au sommet de son art. Et face à cette machine de guerre, on s’est permis le luxe de la division interne

Que voulez-vous dire ?

Vous avez déjà évoqué le cas des tensions internes au CDH dans le Brabant wallon, dans le Hainaut ça n’a pas été mieux Catherine Fonck a été très correcte, mais d’autres, en revanche, ne l’ont pas été. Véronique Salvi ne devait pas siéger puisqu’elle est déjà parlementaire wallonne. Et il était convenu qu’elle ne siégerait pas et laisserait son fauteuil au premier suppléant, David Lavaux de Thuin. Un mot d’ordre a donc circulé de Charleroi à Thuin pour indiquer de ne pas voter Procureur afin que Lavaux soit certain de pouvoir siéger

Quelle leçon tirez-vous de ce détour par la politique ?

Que l’important pour remporter une élection, c’est la cohésion : les socialistes l’ont démontré. Il faut aussi bien choisir ses amis, il faut être très attentif en politique. Moi, j’ai souvent tendance à faire confiance très vite, et je me suis parfois trompé

Là, vous êtes amer…

Non. Je suis déçu pour tous les gens qui se sont mouillés comme des dingues pour moi, pour m’épauler. Je suis très heureux d’avoir fait cette expérience, c’était très dur mais extrêmement enrichissant. Je ne dis pas que je ne reviendrai jamais, il ne faut pas dire cela. Mais pour le moment, je tire un trait.

Quel regard portez-vous sur la présidente du parti ?

Joëlle a beaucoup apporté au parti. Je n’aurais jamais adhéré au PSC mais j’ai adhéré au CDH parce qu’il est pluraliste et qu’il est ouvert : c’est grâce à elle. C’est une grande travailleuse, il est temps qu’elle passe la main, et le temps est vraiment venu Il ne faut pas continuer à parler des négociations, etc. Si Benoît Lutgen doit prendre la succession du parti, c’est demain. Ce n’est pas après-demain.

Avez-vous confiance dans les capacités de Benoît Lutgen pour redresser le CDH ?

C’est le seul qui est capable de faire ce job, je ne vois personne d’autre même s’il n’a pas non plus que des qualités. Pour le moment, c’est le seul qui peut redresser la barre. Il a fait une performance sur le Luxembourg, j’espère qu’il pourra faire de même sur toute la Communauté Wallonie-Bruxelles. Il a une âme de manager mais il aura des problèmes à résoudre - notamment dans le Hainaut et à Bruxelles.

Quels sont les problèmes ?

Vous savez, le CDH refuse de faire une évaluation des résultats et de la stratégie électorale, notamment dans le Hainaut. On m’a répondu : "On ne peut pas le faire, on va se bouffer le nez !" Mais où va-t-on ? Le CDH va recommencer les mêmes erreurs dès lors. A Charleroi, par exemple, le CDH s’effondre C’est lamentable. Et c’est pareil à Bruxelles.

Qu’allez-vous faire à la RTBF ?

Je recommence le 1er juillet, je ne suis pas du style à ne rien faire, j’ai envie de retravailler. A la RTBF, je vais travailler pendant six mois dans l’ombre. Il y a ensuite pas mal de possibilités. J’ai encore très envie d’écrire aussi, j’ai plusieurs projets. Et je vais aussi faire la promotion du livre "Mes enfants volés".