Publications précipitées, baisse de niveau: Les effets pervers de la "course aux étudiants"

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Les professeurs des différentes universités du pays tirent la sonnette d'alarme face à la "massification" des universités et à la bureaucratisation croissante de leur profession, selon une analyse de l'Itinera Institute publiée mercredi. Beaucoup dénoncent une "course aux étudiants" qui se répercute directement sur la qualité de l'enseignement. L'Itinera Institute plaide pour des réformes structurelles. Une enquête d'Itinera réalisée au début de l'année académique auprès de 1.300 enseignants des universités du nord et du sud du pays a mis en lumière plusieurs constats interpellants. Ainsi, 77% des répondants indiquent que la profession académique souffre d'une bureaucratisation et une standardisation croissantes. Ils sont également 70% à avancer que l'augmentation de la part de marché de leur université ou faculté est un critère qui domine et que la taille des institutions, plutôt que l'excellence, constitue "le principal moteur de l'organisation universitaire".

Une autre inquiétude des universitaires concerne la pression à la publication, qui laisse peu de place à une recherche innovante et entraîne également une baisse de la qualité des doctorats. Ces mêmes professeurs dénoncent aussi la pression à laquelle ils sont soumis pour générer eux-mêmes des moyens financiers.

Plus de 70% des répondants attirent encore l'attention sur la qualité, en recul, du flux entrant des étudiants à l'université, craignant un impact négatif sur la valeur du diplôme universitaire.

Ces constats incitent Itinera à plaider pour des réformes structurelles. "Il est essentiel de laisser une place suffisante à l'expression individuelle et personnelle, qui a toujours constitué le fondement et la grande valeur du biotope universitaire, accablé aujourd'hui par un grand nombre de règles et de normes uniformes et bureaucratiques", conclut Marc Devos, directeur général d'Itinera.


Pour la FEF, "les étudiants sont les premiers touchés"

Les étudiants sont "les premières victimes du sous-financement des universités", déplore mercredi la Fédération des étudiants francophones (FEF) dans un communiqué, en réaction à l'étude de l'Itinera Institute, parue le même jour, qui dénonce les risques de la bureaucratisation et du sous-financement des universités. La FEF veut "remettre les pendules à l'heure" car, selon elle, Itinera omet systématiquement de sonder les étudiants lors de ses différentes enquêtes sur l'enseignement supérieur publiées depuis la rentrée. Elle regrette par ailleurs que cette étude ne mentionne que les universités du pays, alors que les hautes écoles et écoles supérieures des arts sont également touchées par le sous-financement.

De plus, l'étude comporte "de grandes lacunes" au niveau des solutions apportées, constate la FEF, qui insiste sur le fait que la procédure de sélection générale à l'entrée des universités et un minerval toujours plus cher "ne rejoignent pas les missions de l'enseignement supérieur, ni l'intérêt des étudiants". Selon la présidente de la FEF, Corinne Martin: "sélectionner à l'entrée pour diminuer la quantité afin d'améliorer la qualité est une fausse solution".

La course aux étudiants, mentionnée par l'enquête d'Itinera, inquiète également la fédération, qui impute ce phénomène à "l'enveloppe fermée de l'enseignement supérieur", véritable menace pour la qualité de ce dernier.

La FEF plaide enfin pour une réforme du financement de l'enseignement supérieur, afin d'offrir à tous les étudiants la possibilité d'y accéder.

L'Itinera Institute a publié mercredi les résultats de son enquête sur la bureaucratisation et le sous-financement des universités, menée auprès de 1.300 professeurs d'universités. Ceux-ci dénoncent notamment les pressions qu'ils subissent pour générer eux-mêmes des moyens financiers.

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