Quand le MR encensait les Belges partis se battre en Syrie

J. La. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Cela n’a jamais été la doctrine officielle du MR. Et l’on ne trouve plus aucun politique à exprimer une opinion favorable pour les jeunes Belges partis combattre en Syrie. Il n’en a pas toujours été ainsi. Corentin de Salle, directeur scientifique du Centre Jean Gol (Centre d’études du MR), est allé très loin dans son soutien. Dans la revue en ligne d’inspiration libérale "Contrepoints : le nivellement par le haut", il a ainsi écrit que "peut-être, dans leur candeur irresponsable, ces jeunes Belges qui vont combattre en Syrie constituent-ils, tout compte fait, ce que notre société a produit de moins indigne…"

Et de s’interroger : "Je sais bien que ces jeunes sont manipulés. Je sais bien qu’ils ne seront d’aucune utilité sur le terrain. Je sais bien qu’ils risquent de se radicaliser. Je sais bien qu’ils peuvent, une fois rentrés, constituer un danger potentiel pour la sûreté de l’Etat. Mais, en même temps, à l’heure où on déplore la tiédeur, l’égoïsme et le désengagement de la jeunesse, n’y a-t-il pas quelque chose d’éminemment noble dans cette démarche ?"

Ces propos sont anciens. Ils datent de septembre 2013. Quelques mois plus tôt, un étudiant de la Haute Ecole d’électromécanique de Schaerbeek, à qui Corentin de Salle donnait cours de philosophie, quittait la Belgique pour aller combattre en Syrie. Il se ravisera en Turquie où il sera récupéré avec ses parents. Un de ses trois compagnons poursuivra sa route.


Suite à la publication de cet article dans La Libre de ce lundi, Corentin de Salle a tenu à réagir:

"Je tiens à réagir fermement contre l'article de la Libre Belgique qui prétend erronément que j'encensais les Belges partis combattre en Syrie" en septembre 2013.

C'est un faux procès qu'on me fait. Ni dans mes écrits ni dans mes enseignements, je n'ai jamais encouragé qui que ce soit aller combattre en Syrie ou ailleurs. Depuis toujours (et les articles atlantistes que j'ai publiés ces quinze dernières années dans la Libre Belgique en témoignent), j'ai constamment condamné avec force le fanatisme, le djihadisme et le terrorisme. J'ai toujours prôné la défense de droits de l'homme, de l'Etat de droit et des valeurs démocratiques et libérales.

L'article de septembre 2013 auquel il est fait référence ne constitue en aucune façon une apologie du terrorisme. Je m'interrogeais à l'époque sur les diverses motivations de jeunes Belges partis combattre en Syrie et aspirés par le tourbillon de la violence politique. Je précisais que ces jeunes étaient manipulés et qu'ils représenteraient certainement un danger dans les années qui suivraient. Les évènements m'ont donné raison. Je précisais aussi qu'ils n'obéissaient pas tous à des motivations religieuses. Il y avait aussi des motivations idéalistes et politiques. Notamment la volonté de combattre la dictature syrienne qui, déjà à l'époque, avait démontré sa barbarie (encore confirmée il y a une semaine par un rapport de l'ONU dénonçant les tortures et autres atrocités du régime).

Je n'aime pas les explications simplistes. La plupart de ces combattants ont été endoctrinés dans des mosquées par des fondamentalistes prêcheurs de haine. Mais il en est aussi, plus rares, qui obéissaient à d'autres motivations beaucoup plus nobles. C'est le cas de ceux qui sont partis combattre le régime criminel d'El-Assad au nom des valeurs démocratiques. Pour ces gens, et ces gens là uniquement, je pensais et j'ai dit - et je continue à penser et dire - qu'il s'agissait de nobles motivations. L'éventail des motivations et la diversité des profils de ces jeunes combattants ont d'ailleurs été étudiés à la même époque dans une remarquable étude d'Etopia, le centre d'étude du parti Ecolo : "Qui sont ces Belges partis combattre en Syrie ?" (http://www.etopia.be/spip.php?article2663). On y pointe notamment, le profil "Rimbaud". On sait en effet que le jeune génie poétique est parti faire la guerre d'Erythrée après avoir achevé précocement son œuvre. Du reste, à l'époque, beaucoup de commentateurs et éditorialistes ont comparé ces départs aux départs volontaires de jeunes idéalistes partis, en 1936, faire la guerre d'Espagne (dont Malraux est la figure la plus connue).

Dans cet article, je dénonçais l'aveuglement de cet engagement tout en précisant qu'il n'avait rien de neuf. Je faisais un parallèle avec le personnage de Fabrice Del Dongo du magnifique roman "La Chartreuse de Parme" de Stendhal. Ce jeune idéaliste italien, enivré par les récits napoléoniens, décide de rejoindre Bonaparte de retour de l'île d'Elbe et se retrouve subitement... en Belgique en plein champ de bataille de Waterloo. Inexpérimenté, il est heureusement recueilli par une cantinière qui a pitié de lui. Tel est le message que je voulais faire passer : ces jeunes partis en Syrie ne sont pas tous des fanatiques islamistes. Il y avait aussi de jeunes idéalistes démocrates candides et déconnectés de la réalité. Malheureusement, tous n'ont pas eu la chance d'être recueilli par une cantinière...

Depuis plus de dix ans, j'enseigne à l'ULB et également dans une Haute Ecole à Schaerbeek. J'essaie de faire réfléchir les jeunes par eux-mêmes et c'est pour moi une grande joie de pouvoir enseigner chaque semaine la philosophie des Lumières à de jeunes issus en grande majorité de l'immigration. Je forme plusieurs centaines d'étudiants chaque année. L'un d'entre eux, je l'ai appris par la suite, faisait partie des jeunes Belges partis en Syrie. Il n'a jamais été plus loin que la Turquie et cela se passait d'ailleurs 6 mois avant la publication de mon article (qui était d'ailleurs une réflexion suite à ces départs dont nous avions été informés par la Haute Ecole).

En se référant à cet article de 2013, la Libre Belgique laisse sous-entendre que j'aurais encouragé ces départs alors que j'en déplorais juste le caractère dramatique et pathétique. Ces rapprochements sont douteux : on pourrait en faire un autre. J'ai étudié 12 ans au collège Saint-Pierre à Uccle. Le collège où, précisément, A. Abaaoud, l'un des artisans des attentats de Paris, a étudié une dizaine d'années après mon départ. Un autre argument pour incriminer le MR dans un futur article ?"