Belgique "Q ui trop embrasse mal étreint?" Le colonel-ingénieur en retraite liégeois Fernand Gérard est un passionné d’Histoire qui estime que celle-ci doit avoir ses droits. C’est ce qui avait déjà amené cet ancien gradé de l’armée belge à réagir avec quelque force en 2010, comme le rapporta à l’époque "La Libre", à un livre du prolifique écrivain romancier français Max Gallo, intitulé " 1940, de l’abîme à l’espérance ".

Dans une lettre à l’auteur, restée à ce jour sans réponse, il n’avait caché son désarroi face au nombre incroyable d’erreurs historiques "pour tout ce qui concernait les événements se déroulant en Belgique". Citons, pêle-mêle, les lâchers de parachutistes sur les forts hollandais et belges, la soi-disant sympathie pro-nazie de Léopold III, l’occupation des forts liégeois par les Allemands, la capitulation de l’armée belge le 26 mai - c’était le 28 !, voire encore Brûly-de-Pesche, Q.G. d’Hitler tout provisoire que Gallo situait en France…

Pour Fernand Gérard, le nouveau livre de Max Gallo, "1914, le destin du monde", n’est pas moins approximatif, et il est d’autant plus irrité que l’académicien français n’accuse pas le moindre accusé de réception, ce qui l’a amené à interpeller aussi Hélène Carrère d’Encausse, collègue de Gallo au Quai Conti.

"Le drame est que l’auteur nous remet ça sans la moindre vergogne, ni respect pour ses lecteurs !", déplore Fernand Gérard qui a soumis une liste de ces "imperfections" au Cercle des Officiers retraités de Liège.

"Leur verdict est on ne peut plus péremptoire : ses écrits - concernant les, je cite, survivants de l’armée belge et le souverain réfugiés en France - ont suscité une très juste indignation. Pour le reste, ils ont déclenché l’hilarité générale par des affirmations aussi invraisemblables que fantaisistes et surtout erronées !"

Une liste non exhaustive

Et Fernand Gérard de nous dresser une liste non exhaustive en émettant l’espoir que la médiatisation fera - enfin - réagir l’auteur français…

Fernand Gérard réfute ainsi le fait que les soldats allemands seraient entrés en train en Belgique : "Le 4 août 1914, le groupement allemand, chargé de l’attaque brusquée contre Liège et commandé par le général von Emmich, comprenait six brigades, trois divisions de cavalerie, des unités d’obusiers, soit 55000 hommes. Ces troupes allemandes n’ont nullement franchi la frontière en train ! A 8 heures, les premiers Uhlans ont pénétré en Belgique et ont été pris sous le feu d’un détachement du 2e Régiment de Lanciers à Thimister; Antoine Fonck fut le premier soldat belge tué par l’ennemi."

Le colonel Gérard dément aussi une assertion de Gallo à propos des mitrailleuses belges à Liège : "La 3e Division belge chargée de la défense de Liège ne possédait que 30 mitrailleuses. Les pertes allemandes furent principalement causées par l’artillerie des 12 forts entourant la ville. Ce dont attesta dans son ouvrage "La grande guerre, Liège-Namur", Marschall von Bieberstein, ancien officier de liaison à l’état-major de la 14e Division d’infanterie allemande.

A propos de la prise de Liège

L’historien liégeois s’en prend aussi à l’affirmation de Gallo à propos des "obusiers Bertha seuls capables de briser les murs des forts de plusieurs mètres d’épaisseur". "C’est encore inexact ! Deux obusiers de 420 mm ‘Grosse Bertha’ n’ont détruit que les forts de Pontisse et de Loncin. Les dix autres forts liégeois ont été écrasés par l’artillerie lourde allemande, principalement par les obusiers de 210 mm".

Fernand Gérard dit aussi son ire à propos de la "prise de Liège le 7 août." "C’est vrai que le général Ludendorff est parvenu à s’infiltrer entre les forts d’Evegnée et de Fléron pour entrer dans Liège, mais à cette date, les douze forts résistent toujours et interdisent toute progression allemande vers l’ouest de la ville; le dernier fort liégeois ne tombera que le 16 août." Et de rappeler à Max Gallo que dès "le 7 août 1914, la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur a été conférée à la ville de Liège, première ville hors de France à être honorée de cette haute distinction, et qu’en 1925, Liège a été choisie par la Fédération internationale des Anciens Combattants comme lieu d’édification du monument interallié en tant que première ville à s’être opposée farouchement aux armées du Kaiser".

Quelle grossière erreur !

La colère de Fernand Gérard remonta d’un cran en lisant qu’après la chute d’Anvers, "les survivants de l’armée et le Souverain se sont réfugiés en France". "Mais quelle grossière erreur ! Après Anvers, l’armée belge, commandée par le roi Albert, s’est repliée sur une ligne de défense derrière l’Yser avec quatre Divisions d’infanterie et une Division de cavalerie. Elle y poursuit la guerre aux côtés des Alliés. Il est vrai que trois arsenaux belges se sont établis à Calais et Sainte-Adresse, participant ainsi à la fabrication et aux réparations du matériel français et belge. Mais jamais, Albert, Elisabeth et l’armée belge n’ont voulu se réfugier en France ! En 1918, l’armée belge compte, notamment, douze Divisions d’infanterie, une Division de cavalerie, un groupement d’artillerie d’armée; elle participe avec les Alliés à la grande offensive victorieuse contre l’Allemagne. On est loin des "survivants réfugiés en France..."

Le colonel Gérard a ajouté à son courrier à Max Gallo divers témoignages de "grands Français" à propos de la manière dont eux avaient vu l’engagement belge, tant royal que militaire…

La conclusion du militaire retraité mais très éveillé historiquement ? "La partie de votre livre relative à la Belgique constitue une relation erronée des faits, se situant aux antipodes du travail d’un historien rigoureux et soucieux de la vérité..."