Que cherchaient les terroristes en espionnant le responsable du secteur nucléaire belge?

Christophe Lamfalussy Publié le - Mis à jour le

Belgique

L’Etat islamique a mis sous surveillance vidéo l’un des plus hauts responsables du secteur nucléaire belge, le filmant à son insu alors qu’il sortait et rentrait dans sa maison du Brabant flamand.

Cette information choc, révélée mercredi par nos confrères de "La Dernière Heure", est confirmée du bout des lèvres par le parquet fédéral.

Ce qui interpelle les enquêteurs, c’est que la vidéo a été retrouvée lors d’une des perquisitions faites en novembre dans le cadre de l’enquête belge sur les attentats de Paris du 13 novembre (130 morts). Le même groupe cherchait donc d’autres cibles. La vidéo, selon la RTBF,a été retrouvée chez l’épouse de Mohamed Bakkali.

La caméra avait été placée dans un fourré, sous de la paille, en face de la maison de ce haut responsable. La vidéo retrouvée dure une dizaine d’heures. Elle a été analysée par les enquêteurs, qui en suivant sur Google Maps le trajet du bus De Lijn qui apparaissait dans cette vidéo ont fini par identifier de quelle maison il s’agissait et qui y habitait.

La victime n’est autre que le directeur général du Centre d’étude de l’énergie nucléaire de Mol, un scientifique renommé en physique nucléaire qui se retrouve dans de nombreux conseils d’administration liés au nucléaire.

Que cherchaient les terroristes en espionnant ce responsable ? Les enquêteurs l’ignorent. Mais ils sont interpellés. L’homme bénéficiait de la plus haute habilitation de sécurité et avait accès à de nombreux rapports confidentiels.

"Il y a des gens qui, en permanence, cherchent des cibles. Ils sont à l’affût de n’importe quel beau coup", explique un enquêteur. "Il y a quelque chose de sérieux et de très professionnel dans cette affaire", relève pour sa part l’expert en contre-terrorisme, Claude Moniquet. "On voit vraiment qu’ils ont dépêché en Europe des spécialistes."

Une vidéo de surveillance dans la rue a permis d’apercevoir deux hommes qui sont venus rechercher la caméra, arrivés dans une voiture tous feux éteints. Les suspects, dans la pénombre, ne sont "pas très identifiables", selon nos sources.

Les autorités belges n’ont pas relevé le niveau de sécurité des installations nucléaires après la divulgation de cette nouvelle. "Nous avons été mis au courant lors de la découverte de cette vidéo", explique Sébastien Berg, porte-parole de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire. "Mais nous avions déjà pris des mesures supplémentaires de sécurité après les attentats du 13 novembre." L’armée n’est pas déployée autour des centrales belges.

En Belgique, toute personne travaillant avec un contrat à durée indéterminée dans le secteur nucléaire doit obtenir une habilitation de sécurité. Celle-ci est délivrée en fonction du casier judiciaire et de l’avis d’organismes comme la Sûreté de l’Etat. Ce n’est pas le cas des sous-traitants qui doivent toutefois obtenir une autorisation d’accès. Au fur et à mesure que l’employé accède à des lieux sensibles, son habilitation devient plus difficile à obtenir.

Mais un responsable à Mol n’a pas accès automatiquement aux sites nucléaires de Tihange ou de Doel : chaque installation a son système de sécurité personnalisé.

Une piste avec Ilyass Boughalab

Une hypothèse sur laquelle travaillent les enquêteurs est que l’Etat islamique aurait été tuyauté par Ilyass Boughalab, un Belge décédé en mars 2014 en Syrie. Ce jeune de 26 ans avait travaillé trois ans à la centrale de Doel comme technicien pour la société Vinçotte de Wilrijk avant de partir en novembre 2012 pour la Syrie. Au cours de son séjour en Syrie, il a dû faire la connaissance d’Abdelhamid Abaaoud et des autres djihadistes belges.

Dans le passé, tant Al Qaïda que Daech ont menacé de s’en prendre aux infrastructures vitales des pays occidentaux, avec le but de mettre à genoux l’économie de ces pays. Mais ils ne l’ont jamais fait.

Une autre hypothèse évoquée par la presse flamande ce jeudi matin serait que les terroristes aient voulu avoir accès à des informations confidentielles pour voler de l'uranium, stocké à Mol, ou pour fabriquer une bombe.

En septembre 2014, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne avait interdit à un ingénieur musulman de travailler dans une centrale nucléaire sous le motif qu’il était entré dans un processus de radicalisation avec un imam recrutant des djihadistes pour l’Irak.