Belgique L’invasion de la Belgique par les Allemands, le 4 août 1914, n’était plus une surprise

À peine dix jours plus tôt, personne, en Belgique, n’imaginait que le conflit entre l’Autriche et la petite Serbie nous entraînerait dans la guerre. Lorsque, dans les journées qui ont suivi, les grandes puissances s’en sont mêlées - l’Allemagne, la France, la Russie -, les Belges se sentaient encore protégés par notre statut d’État neutre. Une neutralité garantie par la Grande-Bretagne.

Les choses se sont précipitées le 2 août, lorsque l’armée allemande a, sans préavis, envahi le grand-duché de Luxembourg, pays neutre comme nous. Un ultimatum était adressé à la Belgique qui l’a repoussé. Par ailleurs, il était impossible de ne pas constater que, parmi le million et demi de soldats allemands massés aux frontières, entre Aix-la-Chapelle et Mulhouse, la majorité - 800.000 ! - se trouvait le long des frontières belges. L’invasion du 4 août 1914 n’était donc plus une surprise.

6h, À VISÉ

Première priorité, pour les Belges : empêcher la traversée de la Meuse. Le major Collyns, chargé de cette région, fait sauter les ponts de Visé et d’Argenteau. La déflagration va arracher les câbles du télégraphe et du téléphone, si bien que l’officier va perdre tout contact avec ses supérieurs. Il sera livré à lui-même.

8h, À LA FRONTIÈRE

Premier objectif allemand : prendre Liège où douze forts, armés de canons, contrôlent les voies de communication vers, d’une part, Namur, Charleroi et la France; et, par ailleurs, vers Bruxelles. Deux divisions de 60.000 hommes quittent Aix-la-Chapelle et franchissent la frontière à Gemmenich. La première marche droit vers Battice, Herve et le fort de Fléron. La deuxième se dirige vers Plombières puis Blégny pour aller attaquer le fort de Barchon. Mais elle se scinde en route et une partie se dirige vers Visé avec l’espoir de franchir la Meuse et d’approcher les forts du nord de Liège : Pontisse et Liers.

10h, THIMISTER-CLERMONT : LE PREMIER MORT

L’armée qui marche sur Fléron traverse La Calamine, Montzen, Henri-Chapelle… des villages où le patois est proche de leur langue. La promenade tranquille cesse lorsque les soldats découvrent les premières entraves : arbres en travers de la route, tombereaux de fumier, fils barbelés, pavés enlevés… Les Allemands comprennent que la population belge va leur être hostile. Ils arrivent très énervés à Thimister-Clermont. Théodore Pauchenne, un vieillard de 70 ans, occupé à couper l’herbe, le long de la grand-route, ne comprend pas l’ordre, en allemand, d’un officier : il sera abattu à bout portant. Le premier mort belge de la guerre.

10h30, THIMISTER-CLERMONT : PREMIER SOLDAT TUÉ

Dans les minutes qui suivent, trois cavaliers de l’armée belge, chargés d’une mission de renseignements, approchent des premières troupes allemandes. L’un d’eux, le cavalier Fonck, est surpris par la présence de militaires cyclistes qu’il n’a pas vus. L’un d’eux tire et abat le cheval. Le cavalier Antoine Fonck, un Verviétois de 21 ans, a peut-être répliqué et tué un Allemand. En tout cas, dans les secondes qui suivent, il sera le premier soldat belge mort dans cette guerre. Un monument indique l’endroit où il fut retrouvé.

MIDI, BRUXELLES : LE DISCOURS DU ROI

Devant les Chambres réunies, le roi Albert prononce un discours historique : "Jamais depuis 1830, heure plus grave ne sonna pour la Belgique. […] Dès maintenant, la jeunesse est debout pour défendre la patrie en danger. Un seul devoir s’impose à nos volontés : une résistance opiniâtre. […] Le moment est aux actes. […] Personne ne faillira à son devoir. L’armée est à la hauteur de sa tâche. […] Si l’étranger viole notre territoire, il trouvera tous les Belges groupés autour de leur Souverain qui ne trahira jamais son serment constitutionnel. J’ai foi dans nos destinées. Un pays qui se défend s’impose au respect de tous et ne périt pas."

À LONDRES, ON PARLE D’UN ROI-CHEVALIER

Le jour même, la Belgique demande la protection de l’armée française et la nation qui doit garantir notre neutralité, la Grande-Bretagne, déclare la guerre à l’Allemagne. Dès ce premier jour, les Anglais, et plus particulièrement le Daily Telegraph , comparent le roi Albert à saint Georges terrassant le dragon. Ils lancent, à des fins de propagande, le mythe du Roi-Chevalier.

12h30, À BATTICE, LA VILLE EST VIDE

Après deux heures de marche, la division qui avance sur Fléron traverse une ville de Battice complètement abandonnée par ses habitants. Les soldats enfoncent les portes de la maison communale et ils pillent habitations et magasins. Ce sera le premier forfait du genre. Le premier d’une longue série.

13h15, CINQ GENDARMES À VISÉ

À Visé, la division chargée de franchir la Meuse constate que c’est devenu impossible : les ponts ont été détruits. À proximité du collège Saint-Hadelin arrivent, par hasard, cinq gendarmes cyclistes, avec leurs énormes bonnets à poils. Ils se retrouvent face à des centaines de soldats allemands en position de tir. Plutôt que de fuir, ils sortent leurs armes et ripostent. Le gendarme Bouko et le gendarme Thill seront tués. Les trois autres, Henri Noerdinger, Peiffer et Boulanger, seront blessés.

14h30, À HERVE

L’armée qui marche sur Fléron arrive maintenant à Herve. Près du pont Malakoff, un officier aperçoit quelques jeunes gens et s’adresse à eux en allemand. Dieudonné Dechêne, 24 ans, ne comprend pas, ne répond pas, tourne le dos et s’en va. Furieux, l’officier l’abat. Les troupes s’installent dans la ville. Témoignage du curé Dechaineux : "Tout ce qui peut l’être est occupé, y compris l’église."

15h, À VISÉ

Il y a des escarmouches entre les soldats du major Collyns et les envahisseurs. Mais à Visé, la cavalerie allemande est déjà occupée à rassembler des bateaux pour former un pont flottant. Les canons du fort de Pontisse vont le pulvériser aussitôt, avec une précision extraordinaire.

21h, À HERVE

Les troupes reçoivent l’ordre de départ pour une première attaque frontale du fort de Fléron. À 23 heures, les derniers soldats ont quitté Herve. Ils vont constater que la résistance de l’armée belge est tout sauf symbolique et qu’une cavalerie suivie d’artillerie ne fait pas le poids devant un fort armé de canons.

1h DU MATIN, À HERVE

Les Allemands reviennent se retrancher dans Herve. "Ils rentrent en pleine course, comme s’ils étaient pourchassés." Ils tirent contre des maisons. Jean Mathonet se trouve sur leur passage devant le 14 de la rue de l’Hôtel de Ville. Il reçoit deux coups de baïonnette dans le ventre.