Belgique

Celui qui, enfant, avait rêvé de devenir cow-boy a décidé, lundi matin, de descendre de sa monture. Gérard Deprez, député européen depuis 1984, président de la commission Justice du Parlement européen, n’a pas voulu avaler la couleuvre Aernoudt.

Dérive droitière

Et il l’a fait savoir avec fracas, en annonçant qu’il renonçait à présenter sa candidature aux élections européennes sur une liste MR. Quelques heures plus tard le président du parti, Didier Reynders, annonçait qu’il renonçait à l’alliance avec le leader de Lidé. Cela n’a pas (pas encore ?) apaisé M. Deprez, qui nous a confié lundi soir que, pour l’heure, le contenu de son communiqué matinal tenait toujours.

Le patron du MCC, mouvement que Gérard Deprez a créé à la suite de son départ du PSC (devenu CDH) et qu’il a ensuite "adossé", comme on dit chez Fortis, à la fédération PRL-FDF de son ami Louis Michel et de son beaucoup moins ami Olivier Maingain, estime ne pouvoir cautionner ce qu’il appelle "la dérive droitière" du Mouvement réformateur. Selon lui, sous l’impulsion de sa direction actuelle, le parti "s’engage sur la voie hasardeuse de l’ultralibéralisme et de l’opportunisme".

Il en a profité pour "exprimer publiquement l’amitié et le respect" qu’il porte à Louis Michel. "C’est lui qui a donné à beaucoup, dont j’étais à l’époque, l’envie de se rassembler sur un projet authentiquement réformateur, où la dimension sociale était essentielle".

Et M. Deprez d’ajouter "qu’à l’évidence, ce temps est révolu. Rien de ce qui se fait actuellement ne va dans ce sens. J’en tire la seule conclusion possible".

Ironie de la situation : Gérard Deprez avait fondé le MCC parce que, un peu comme Rudy Aernoudt aujourd’hui, il était persuadé qu’une partie des problèmes wallons provenaient de l’hégémonie socialiste dans le sud du pays.

Pour autant, il n’a jamais développé le discours ultra-libéral de celui qui devait lui prendre sa place avant le retournement que l’on sait.

Électron libre

En vérité, les membres du MCC sentaient depuis pas mal de temps que Didier Reynders, obnubilé dit-on par le risque de se faire piquer des voix par Lidé, s’apprêtait à intégrer Aernoudt sur les listes bleues et qu’il le ferait sans éprouver le moindre remords à l’égard d’un Gérard Deprez dont le président du MR n’a jamais supporté la liberté de ton, ni partagé les visions centristes.

Considéré par beaucoup au sein du MR comme un électron libre, Deprez n’a, de son côté, jamais hésité, en termes plus ou moins choisis, à dire ce qu’il pensait d’un chef de parti avec lequel les relations furent houleuses.

Voir Gérard Deprez sacrifié sur l’autel de ce que M. Reynders croit (ou a cru) être le réalisme électoral ne fut donc pas une surprise.

Il paraît que la victime a réfléchi tout au long du week-end à la position à adopter puis qu’elle s’est dit que, non décidément, le camouflet qu’on lui avait infligé et le virage à droite confirmé du parti ne pouvaient être tolérés davantage. Changera-t-il d’avis à la lumière des récents événements ? Ce n’était pas à l’ordre du jour lundi soir.

A 65 ans, on prend souvent sa retraite. Ce n’est pas le genre de la maison. Alors quid de l’avenir politique de M. Deprez ? Reverra-t-il sa position vis-à-vis du MR ? Rejoindra-t-il le CDH dans une sorte de retour au bercail ? Sur Bel RTL, lundi matin, le ministre bruxellois de l’Emploi, l’humaniste Benoît Cerexhe, n’a pas écarté cette éventualité, estimant que si les élus FDF et MCC devaient quitter les rangs libéraux, son parti pourrait envisager de les accueillir.

S’agissant plus spécifiquement de M.Deprez et de son mouvement, M. Cerexhe a estimé qu’"à partir du moment où sa formation politique adhère à l’ensemble du programme du CDH, on ne ferme pas la porte". Plus tard, le CDH a toutefois fait savoir que la question d’une quelconque recomposition politique n’était pas à l’ordre du jour

Deux questions, au moins, se posent en l’état actuel du dossier. Que feront les autres membres du MCC, les Courtois ou les Fournaux, très remontés par ce qui se passe au sein du MR mais encore ? Et si rapprochement avec le CDH il devait malgré tout y avoir, comment réagiront ceux qui, y compris du côté des barons du parti, n’envisagent pas d’un bon œil le retour éventuel de l’enfant prodigue ?