Belgique Depuis le début de la Coupe du monde, l'hymne national belge est chanté par les joueurs avant chaque match de la Belgique. Souvent méconnue même par les Belges, la Brabançonne est un hommage à la Patrie.

La Brabançonne, appelée initialement La Bruxelloise, voit le jour en 1830 pendant la révolution qui a abouti à l'indépendance de la Belgique. Selon une anecdote, un certain Jenneval, un soldat, aurait commencé à réciter l’ancêtre de notre hymne dans le café de l'Aigle d'or, à Bruxelles.

La version réelle est sans doute moins romancée que cela. Toujours est-il que Jenneval a réellement existé. Son vrai nom était Louis-Alexandre Dechet et il était acteur au théâtre de la Monnaie à Bruxelles, avant de rentrer dans l'armée révolutionnaire. La musique, quant à elle, fut écrite par François Van Campenhout.

Tout au long de la révolte face aux Pays-Bas, Jenneval rédige trois versions différentes du "Chant national belge", avant sa mort à Lierre en octobre 1830. Depuis, notre hymne national a connu une certaine évolution, comme l'explique Vincent Dujardin, historien et professeur à l'UCL. "La première version, qui date de la fin du mois d'août, évoque le combat, l’élan patriotique en quête de liberté. Mais au gré des événements et notamment après le bombardement d’Anvers, le ton devient anti-orangiste. Au lieu de 'fleurir l’orange sur l’arbre de la liberté', on retrouve désormais : 'la mitraille avait brisé l’orange' sur ce même arbre". La version de l'hymne que nous chantons aujourd’hui est le fruit de plusieurs remaniements. "Lorsque les relations vont s'améliorer avec les Pays-Bas, le texte va évoluer dans un sens plus apaisé", commente l'historien. En effet, le Premier ministre Charles Rogier en 1860 fait réviser le texte pour supprimer les références anti-hollandaises, comme ce passage : "Du sceptre honteux des Bataves / Tes balles sauront t'affranchir". Le but était d'avoir un texte fédérateur, et surtout de mettre fin à la haine contre les voisins du nord. Selon Laurence Van Ypersele, historienne et professeure à l'UCL, le texte s'oriente de plus en plus vers l'exaltation de la "Patrie".

Ces "mises à jour", toutefois, menacent la connaissance de l'hymne par la population. Pour l'experte, la présence de plusieurs versions en langues différentes, et les nombreuses modifications apportées au texte de départ ont longuement empêché la Brabançonne d'être maîtrisée par les Belges.

Pas de texte officiel

Traduite en néerlandais en 1938, la Brabançonne compte aujourd'hui trois versions pour les trois langues du pays, mais aussi une version trilingue. Malgré sa diffusion, l'hymne belge n'est pas reconnu par l'article 193 de la Constitution, qui, au contraire, reconnait les autres symboles de la Nation : le drapeau, le Lion comme emblème et la devise "L'Union fait la force".

En réalité, il n'existe pas non plus de version officielle de notre hymne : les commissions chargées d'analyser les différents textes de la Brabançonne et d'en désigner une version officielle n'ont jamais abouti. La seule reconnaissance du texte arrive en 1921, lorsqu'une circulaire du ministère de l'Intérieur désigne uniquement la quatrième strophe du texte de 1860 comme officielle.

La Patrie, un lieu d'attachement collectif

Le texte, qui voit le jour en 1830, un an avant que le Roi accède au trône, célèbre essentiellement la Belgique, désignée comme "mère" et comme "Patrie". "Le mot 'Patrie' peut avoir plusieurs significations, mais ici il renvoie à l'attachement collectif d'une communauté à un lieu", explique Laurence Van Ypersele. Pour elle, la Patrie est " l'entité dans laquelle on peut projeter son identification collective".

C'est pourquoi l'hymne, nourri des aspirations libérales, célèbre également "Le Roi, la Loi et la Liberté". Selon Laurence Van Ypersele, la Loi et la Liberté représentent "le cœur des revendications de la révolution", puisque les insurgés demandaient une Constitution qui reconnaisse les libertés individuelles et qui fournisse un modèle d'Etat libéral. Par contre, "il est étonnant de voir que le Roi soit devant la Loi et la Liberté", ajoute l'historienne, "puisque la Belgique est une monarchie constitutionnelle et donc la Loi devrait précéder le Roi".

Parmi les symboles ne figure pas uniquement la Patrie. Selon l'historien Vincent Dujardin, l'unité et la liberté sont évoquées dans les différentes versions : "Le thème de la liberté revient dans les trois versions. Mais il y a aussi celui de l'unité que l'on retrouve dans la version actuelle. Unité et liberté vont ensemble d’ailleurs. Il faut rappeler que 'L’ Union fait la force' ne renvoyait pas à l’union entre néerlandophones et francophones, mais entre catholiques et libéraux qui s’étaient unis pour gagner la liberté en gagnant l’indépendance en 1830".

Les paroles de la Brabançonne

En français:

Ô Belgique, ô mère, chérie,
A toi nos cœurs, à toi nos bras!
A toi notre sang, ô Patrie!
Nous le jurons tous tu vivras!
Tu vivras toujours grande et belle
Et ton invincible unité
Aura pour devise immortelle:
Le Roi, la Loi, la Liberté!
Le Roi, la Loi, la Liberté!
Le Roi, la Loi, la Liberté!

En flamand:

O dierbaar België
O heilig land der vaad'ren
Onze ziel en ons hart zijn u gewijd.
Aanvaard ons kracht en het bloed van onze adren,
Wees ons doel in arbeid en in strijd.
Bloei, o land, in eendracht niet te breken;
Wees immer u zelf en ongeknecht,
Het woord getrouw, dat ge onbevreesd moogt spreken:
Voor Vorst, voor Vrijheid en voor Recht
Voor Vorst, voor Vrijheid en voor Recht
Voor Vorst, voor Vrijheid en voor Recht.

En allemand:

O Belgien, o teure Mutter, Dir gehören
unsere Herzen, unsere Arme!
Dir gehört unser Blut, Vaterland!
Alle schwören wir Dir: Du wirst leben!
Gross und schön wirst Du immer leben
und der Wahlspruch Deiner
unverbrüchlichen Einheit wird heißen:
Für König, Recht und Freiheit!