Belgique En Belgique francophone, environ 7 500 enfants sont hébergés ailleurs que chez leurs parents, incapables temporairement d’assumer leur rôle de parents. Pour cause d’alcoolisme, de toxicomanie, d’incarcération, de troubles psychiatriques, de violences intrafamiliales, de négligences, de maltraitances… Ces gamins cabossés par la vie sont pris en charge par le secteur de l’Aide à la jeunesse. Environ 3 400 jeunes vivent en famille d’accueil - les 4 000 autres étant placés dans d’autres services : pouponnières, homes, internats… "Quand on aboutit à un placement familial, c’est qu’on a épuisé beaucoup de possibilités" , indique Xavier Verstappen, président du conseil d’arrondissement d’Aide à la jeunesse de Bruxelles et directeur de "L’Accueil familial".

Le placement familial s’organise dans le cadre de l’aide acceptée (les parents biologiques y consentent ou sont même demandeurs) ou contrainte (un juge de la jeunesse prend la décision sans leur accord).

Une aventure passionnante

La demande de prises en charge en famille d’accueil augmente chaque année. Surtout pour les enfants plus âgés et les (pré)adolescents : les familles candidates se proposent d’abord pour des bébés et des enfants de moins de 4 ans.

D’où la décision de la ministre de l’Aide à la jeunesse, Evelyne Huytebroeck (Ecolo), de lancer une nouvelle campagne de recrutement auprès du grand public. La précédente opération, menée en 2011, avait permis d’augmenter de 10 % le recrutement dans les services de placement familial. La ministre veut donc poursuivre cette dynamique et trouver de nouvelles familles prêtes à se lancer dans l’aventure.

Pas rose tous les jours

Une expérience passionnante mais exigeante. Accueillir un enfant, c’est lui offrir un cadre familial en l’aidant à grandir, à traverser l’enfance et/ou l’adolescence, tout en manifestant sa solidarité envers les parents biologiques en difficulté. C’est assumer une responsabilité inhabituelle puisqu’il s’agit de remplir un rôle éducatif et affectif à l’égard du mineur, sans remplacer ses parents.

C’est aussi une mission à durée incertaine : on ne sait jamais pour combien de temps on s’engage. Si le placement n’est pas destiné à durer, il est parfois nécessaire que l’enfant reste éloigné de ses parents pendant une longue période.

"C’est une aventure très enrichissante, même si tout n’est pas rose tous les jours , convient la ministre Huytebroeck. Mais n’est-ce pas le cas dans les familles en général ?" De plus, les parents d’accueil sont accompagnés et soutenus par des spécialistes (psychologues, assistants sociaux…) auxquels ils peuvent faire appel dès qu’ils l’estiment nécessaire.

"On cherche des familles mais pas n’importe quelles familles" , insiste Hubert Boutsen, pédopsychiatre à l’ASBL Alternatives familiales. L’enfant accueilli peut déstabiliser l’équilibre familial. "Il faut pouvoir supporter la colère, la tristesse, le désespoir, souvent légitimes, mais parfois pas adressés aux bonnes personnes. Une famille d’accueil doit s’ajuster à l’inattendu : on ne peut pas éviter les crises mais réussir à les surmonter."

Combien manque-t-il de familles d’accueil ? "C’est très difficile à estimer : il n’existe pas de recensement des situations pour lesquelles le placement familial serait le plus indiqué" , précise-t-on au cabinet Huytebroeck. Les juges décident d’un éloignement du milieu familial; les mandants cherchent alors une solution pour ces mineurs qui n’ont malheureusement aucune chance de retourner à brève échéance dans leur famille de naissance.

En attente à l’hôpital

Certains doivent patienter plusieurs mois dans une institution avant d’être envoyés dans une famille d’accueil. Et il y a aussi des bébés et de jeunes enfants en attente dans les maternités et les services pédiatriques des hôpitaux. Ils seraient une dizaine, en permanence.

Pour objectiver cette situation, la ministre en charge de l’Aide à la jeunesse a demandé aux Services d’aide à la jeunesse (SAJ) et aux Services de protection judiciaire (SPJ) de tous les arrondissements francophones de lui faire parvenir le nombre d’enfants de moins de 3 ans qui ont été placés à l’hôpital pour des raisons autres que médicales en 2012.

Cette enquête permettra d’extrapoler le nombre de jeunes enfants qui ont été hospitalisés parce qu’il n’existait pas d’autre solution disponible, précise-t-on au cabinet. Dans le même temps, SAJ et SPJ sont priés de repérer les bonnes pratiques dans les hôpitaux qui font que ces jeunes enfants bénéficient d’un environnement adéquat et ne restent pas privés de liens à un moment crucial de leur développement. Les réponses sont attendues pour la fin octobre.