Rees : "Le professeur doit s’adapter"

Alice Dive Publié le - Mis à jour le

Belgique Entretien

Jean-François Rees est professeur de biologie à l’Université catholique de Louvain (UCL). Il est aussi président de l’Institut de pédagogie universitaire et des multimédias (IPM). Depuis plus de cinq ans, il planche avec son équipe sur la question cruciale du plagiat à l’université. Il nous livre son expertise.

Après plusieurs années de travail, quel constat faites-vous quant au phénomène ?

A l’heure actuelle, je dirais que chaque année, chaque jury d’année d’études est concerné par un cas de plagiat dans chaque université. On a donc une certaine impression de recrudescence du phénomène. Or, ce n’est pas vraiment le cas. En réalité, il y a surtout une meilleure détection de la fraude. La communauté universitaire est plus et mieux sensibilisée au phénomène, et les enseignants plus vigilants face aux cas de plagiat.

La génération Internet n’a donc pas eu d’effet néfaste sur les risques de plagiat?

Bien sûr que si. Le copier-coller, le simple clic, la facilité d’accès à l’information sur la toile ne peuvent qu’accroître le phénomène. Internet est une richesse énorme, à condition de l’utiliser à bon escient. L’accès immédiat à ce savoir a totalement changé le rapport entre l’enseignant et l’étudiant. Ce n’est plus le professeur qui détient l’information. A présent, cette dernière est accessible immédiatement. Par conséquent, les étudiants doivent en prendre la mesure. Les professeurs aussi.

Les professeurs aussi?

Bien sûr. Pour lutter contre le plagiat, il ne suffit pas d’avoir un logiciel de détection. Il faut aussi savoir travailler intelligemment. Les travaux et consignes qui sont donnés aux étudiants doivent avoir un sens particulier. Les professeurs ne peuvent plus se limiter à donner une consigne vague autour d’un thème, sans quoi l’étudiant sera d’autant plus tenté de faire du copier-coller.

Une réflexion globale plutôt qu’une simple forme de répression donc ?

Exactement. Il ne s’agit pas de monter une armée contre le plagiat, mais bien de tenter de voir comment on peut mieux accompagner l’étudiant dans son travail de recherche. Je suis persuadé que vous limitez fortement les risques de plagiat chez l’étudiant si vous le rencontrez pour son travail toutes les deux semaines, plutôt que si vous le laissez livré à lui-même pendant trois mois. Notre priorité, c’est vraiment de créer une culture autour du travail universitaire "bien fait".

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