Belgique

Il est assez rare, pour ne pas dire inédit, de voir un secrétaire d’Etat critiquer unilatéralement une prise de position commune de onze recteurs d’universités belges.

Mardi, ces recteurs, et c’est exceptionnel également, avaient adressé une lettre au Premier ministre Charles Michel (MR). Ils y appuyaient la demande de régularisation définitive de la famille de Mawda. Cette régularisation permettrait à la famille de la fillette, tuée par une balle de la police, "de suivre la procédure judiciaire et de se recueillir sur sa tombe", écrivaient-ils. Ils exprimaient, par ailleurs, leur préoccupation "devant le climat actuel à l’égard des migrants qui conduit à une dégradation progressive du respect dû aux personnes et de la protection des plus vulnérables dans nos sociétés".

Le retour du boomerang

Vraisemblablement, cette lettre n’a pas plu au secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, Theo Francken (N-VA). "Si les recteurs veulent jouer à un petit jeu politique sur les dossiers de migration, ils seront confrontés à un retour de boomerang. Tant sur le fond que publiquement", a-t-il affirmé dans un tweet publié jeudi matin.

Plus tôt dans la matinée, Theo Francken s’interrogeait dans un autre tweet sur le respect de l’esprit académique de la part de recteurs qui s’exprimaient pour lui en "ne connaissant pas les détails du dossier". Si Theo Francken ne critiquait pas le fait que des recteurs prennent la parole, il en critiquait la manière et balayait donc la légitimité d’autres acteurs que les acteurs gouvernementaux de s’exprimer sur ce dossier.

Face à cette réplique, les recteurs n’ont pas souhaité réagir. Seul Luc Sels, le recteur de la KULeuven, avait dit mercredi sur Twitter que la lettre aurait pu être plus nuancée. C’est, par contre, l’opposition qui est montée au créneau. Sur le fond comme sur la forme, les tweets de Theo Francken ont été vus comme engageant des menaces contre la liberté de parole académique.

Charles Michel s’en tient aux procédures

En séance plénière de la Chambre, jeudi après-midi, le Premier ministre a été vivement interrogé sur le dossier. Non seulement sur le sort qu’il réserverait à la famille de Mawda - qui a déposé mercredi soir une demande de régularisation pour motif humanitaire - mais aussi sur la lettre des recteurs et les propos de Theo Francken.

Sur le premier point, Charles Michel a affirmé qu’il s’engagerait, dès que l’Office des étrangers aurait réceptionné la demande de régularisation, "à faire en sorte qu’une décision soit prise dans le respect de l’Etat de droit et des règles en vigueur". Au désarroi de l’opposition, il n’a donc pas promis une régularisation à la famille. Il ne s’est pas non plus exprimé directement sur la lettre des recteurs, ni non plus sur les propos de Theo Francken.