Belgique Dans les coulisses des journées professionnelles du Bourget, l’on a beaucoup parlé "retours sociétaux".

Officiellement, personne n’en parle. D’ailleurs, durant les journées professionnelles du Salon international de l’aéronautique et de l’espace, de lundi à jeudi, on n’a pas vu l’ombre de galonné belge, ni de ministre de la Défense. Pourtant, la succession des F-16 belges, dont l’appel d’offres a été finalement lancé, est sur toutes les lèvres.

Inutile cependant d’en discuter avec les grands patrons de la grande industrie. Leur discours est toujours le même : pas de préférence pour l’un des quatre candidats restants, Saab Gripen, Dassault Rafale, Lockheed Martin F-35 ou Eurofighter Typhoon. Comme dit son patron Christian Boas, "Asco a des relations d’affaires avec la plupart des constructeurs".

Ah si, tout de même, Yves Prete, qui préside autant aux destinées de l’Union wallonne des entreprises que de Safran Aero Boosters à Milmort. Lui assume le fait que sa maison mère, Safran, a conçu et fabriqué le moteur Snecma M88 du Rafale : "Ce sont les militaires qui choisissent, dit-il. Si la mission du chasseur est la même qu’ac tuellement, reconnaissance, attaque, bombardement, et peu de combat aérien, le besoin de furtivité est quasi nul." Allusion au F-35 évidemment, furtif et connu pour être le favori des aviateurs belges. "Les militaires ne veulent-ils pas une Maserati alors qu’ils n’ont besoin que d’une Audi ?" Cela étant, Yves Prete se dit bien sûr prêt à travailler sur n’importe quel appareil choisi.

Tous égaux devant l’appel d’offres

A ce sujet, l’on se souvient qu’au départ, il y avait cinq candidats. L’un d’eux, le Boeing F/A-18E/F Super Hornet, a jeté l’éponge récemment. Raison officielle : les dés seraient pipés. Dans une interview récente à "L’Echo", Eric Trappier, patron de Dassault, n’est pas loin d’évoquer la même chose. "Quand Boeing dit qu’il n’a aucune chance, ce n’est pas vrai", assène une source proche du dossier. Ingénieur, il a calculé les avantages et inconvénients des quatre candidats restants, au regard des exigences de l’appel d’offres de la Défense. Pour lui, le résultat est clair : "Sur les quatre candidats, tous sont plus ou moins dans une même moyenne." Autrement dit, "chaque candidat a sa chance".

Comme plusieurs autres industriels belges, il a pu constater une chose : "Les États-Unis ont changé ces derniers temps." Se sentant jusqu’ici dans la peau du favori, Lockheed Martin était réputé avare en contacts et propositions de coopération avec l’industrie belge, contrairement à Saab et Dassault, très actifs. Aux dires de plusieurs, cela aurait changé. "L’attitude de Lockheed, un peu mieux", confirme une autre source. Cela depuis la publication du RfGP, Request for Government Proposal, appel d’offres qui mettrait tout le monde au même niveau. Avec ce document équilibré et transparent, le travail du ministre Steven Vandeput et de ses équipes est jugé excellent.

Maigres "retours sociétaux"

Par contre, du côté des avionneurs candidats - officiellement des Original Equipment Manufacturer, OEM -, l’on a tendance à estimer les industriels belges trop gourmands ! Pourtant, là aussi des calculs ont été faits. Si l’on s’en tient aux "retours sociétaux" autorisés par les règles européennes, c’est-à-dire impliquant les "Intérêts essentiels de sécurité" d’un pays, ceux-ci ne permettraient des retombées industrielles qu’à hauteur d’un tiers maximal du marché de 4,5 milliards d’euros, soit 1,5 milliard. Ce qui rendrait la dépense, fort élevée, inacceptable pour le citoyen belge.

Alors, les grands industriels et leurs fédérations se sont fédérés au sein d’une association, Belag, pour Belgian Aeronautical Group SCRL. Belag est chargé d’obtenir des retours parallèles à ceux liés au contrat d’achat du remplacement des F-16. Et ce, afin d’atteindre au minimum le niveau des dépenses. Les enjeux sont d’ailleurs bien plus importants que l’acquisition elle-même. Comme le souligne un observateur avisé, "on n’achète pas qu’un avion, on fait un partenariat à long terme avec un pays étranger. Une fois le choix effectué, on est partis pour 30 à 40 ans ensemble".