Belgique

Le Vice-Premier ministre Didier Reynders a rencontré sans le savoir un prince saoudien recherché par Interpol à la demande des Etats-Unis et condamné en 2007 à dix ans de prison en France pour trafic de cocaïne. La rencontre informelle a eu lieu mardi soir à Riyad, à la fin d'une courte visite officielle en Arabie, dans le cadre d'une tournée dans les pays du Golfe. Didier Reynders, qui parle d'un « couac » diplomatique, regrette « l'erreur ».

Le Prince Nayef Al-Shalaan a reçu chaleureusement le ministre belge, sa délégation et trois journalistes (dont La Libre Belgique), dans sa résidence de Riyad, en compagnie de son frère jumeau Saud. Les deux princes, membres par alliance de la famille royale saoudienne, ont profité de l'occasion pour lancer un vibrant plaidoyer en faveur de l'opposition en Syrie.

Ce que ne savait pas Didier Reynders, c'est que le prince Nayef Al-Shalaan a été condamné en mai 2007 à dix ans de prison par le tribunal correctionnel de Bobigny pour sa participation à un trafic de cocaïne en 1999. Il a été condamné par défaut, défendu par Me Jacques Vergès et représenté à Paris par son frère Saud, qui a dénoncé au cours du procès un « complot américain ». Le prince Nayef été « blanchi » par une commission saoudienne, mais reste interdit sur le territoire français. La condamnation française a été confirmée en appel en 2011.

L'enquête avait été menée en France, en Suisse, aux Etats-Unis et en Espagne, quand la justice française avait retrouvé la trace d'une importation de 2 tonnes de cocaïne le 16 mai 1999 dans un Boeing 727 de la famille saoudienne en provenance de Caracas via Riyad. A son bord, se trouvaient notamment les princes Nayef et Saud, tous les deux mariés à des nièces du roi d'Arabie saoudite. La piste avait été détectée par la DEA américaine sur base du témoignage de trois repentis colombiens.

Dans l'avion qui l'a emmené mardi soir au Koweit, ultime étape d'une tournée de six jours dans les pays du Golfe, Didier Reynders a dit « regretter qu'il ait été induit en erreur » et rencontré « un des deux princes qui a été condamné par défaut en France ». La rencontre a été organisée à la dernière minute par l'ambassadeur belge à Riyad, car le ministre avait un créneau libre dans son horaire. Le protocole saoudien a emmené la délégation belge au palais princier sans sourciller.

« C'est intéressant pour nos diplomates de rencontrer des gens de tous bords mais je me rends compte que je dois désormais vérifier qui nous allons voir. C'est un couac, et je le regrette », a dit le ministre des Affaires étrangères. « Si nous avions été informés de la situation, nous ne l'aurions pas fait ».

Reynders a été impressionné par le militantisme des deux princes saoudiens, en contact direct par satellite avec l'opposition. « Cela me conforte dans le pessimisme sur le conflit syrien et sur le risque d'avoir des conflits ouverts entre différents groupes armés », a-t-il ajouté.

Eduqué en Suisse et aux Etats-Unis, le Prince Nayef est l'arrière petit-fils d'un prince du nord de l'Arabie qui avait libéré Damas du joug ottoman. Devant le ministre belge, il a insisté sur l'importance de prendre en compte les tribus qui composent une Syrie complexe. Il croit proche la chute du président Assad et pense qu'il faut trouver un chef de l'opposition accepté notamment par les deux grands groupes islamistes, les Frères musulmans et les salafistes. Le prince, né en 1954, fait partie du clan des Sudairi, marginalisé actuellement sur la scène politique saoudienne. Il a joué un rôle de médiateur dans les années 90 en Afghanistan et, plus tard, dans la crise irakienne.

Au terme de l'entretien, les deux princes ont montré à Didier Reynders leur cheetah, complètement domestiqué. Les flashes ont crépité, mais l'animal n'a pas bronché.