Belgique

Le soldat Rudy Aernoudt aura porté l’uniforme du Mouvement Réformateur pendant 48 heures. Largement suffisant cependant pour créer du dégât parmi les troupes bleues - du FDF au MCC en passant par les libéraux purs et durs. Mis sous pression de tous côtés, lundi, le président du MR Didier Reynders a dégommé le soldat qu’il avait incorporé au régiment samedi - 3 e sur la liste européenne - dans ce qui restera dans les annales comme un mauvais comique troupier.

"J’ai tranché dans l’intérêt du parti, s’est justifié lundi après-midi Didier Reynders alors que les communiqués du FDF hostiles à l’arrivée de Rudy Aernoudt pleuvaient. Je constate qu’il n’est pas possible de poursuivre l’intégration de M. Aernoudt en raison de l’opposition du FDF et du MCC mais aussi d’une partie du MR", a indiqué Didier Reynders. Et d’ajouter : "J’ai dit à Rudy Aernoudt qu’il valait mieux que chacun reprenne sa liberté. Je ne peux imaginer que l’arrivée de M. Aernoudt mette en péril l’avenir du Mouvement". Lundi, le FDF, compagnon de route des libéraux francophones depuis une quinzaine d’années et, surtout, allié indispensable du MR en Région bruxelloise, a menacé de faire exploser le cartel en cas de maintien de Rudy Aernoudt sur les listes du MR. La menace a été prise au sérieux par Didier Reynders, d’autant qu’elle fut relayée et amplifiée par plusieurs hauts responsables libéraux - dont Charles et Louis Michel.

"Je ne comprends pas"

Lundi, donc, après un week-end tranquille passé, notamment, au carnaval de Malmedy et au Standard de Liège, Didier Reynders a décroché son I-Phone pour appeler le président du FDF, Olivier Maingain, en vacances en Normandie. "Je ne comprends pas votre réaction, a notamment dit Reynders à Maingain. Pourquoi réagissez-vous comme cela d’autant plus que vous ne m’avez absolument rien dit durant tout le week-end ?" Dans la foulée, quelques cadres libéraux ont fait écho aux critiques du FDF. Louis Michel étaient de ceux-là. Après avoir défendu l’intégration contrainte et forcée de Aernoudt vendredi soir, Louis Michel a plaidé en sens inverse, ce lundi. "On ne peut pas se permettre de perdre le FDF pour Rudy Aernoudt", a fait valoir Louis Michel auprès de Didier Reynders. Et les deux responsables ont pris la décision de se débarrasser de Rudy Aernoudt. Ce qui fut fait en début d’après-midi lors d’un tête-à-tête entre Reynders et Aernoudt.

Plus tôt dans la matinée, un communiqué rageur de Gérard Deprez (lire en page 3) pointait "la dérive droitière" du MR de Didier Reynders. Il apparaît cependant que la fronde de Gérard Deprez n’aura eu que peu d’impact sur le revirement de Didier Reynders : la clé de cette volte-face est bien à chercher d’abord dans la position intransigeante du FDF face à Rudy Aernoudt.

"Marche arrière"

"En terme d’image : c’est catastrophique !, se désole un baron libéral. Ce qu’il restera de cet épisode rocambolesque, ce sont nos hésitations et nos courbettes devant Aernoudt, et puis tout le monde se souviendra que les libéraux ont suivi dans cette voie et que nous avons fait marche arrière. C’est n’importe quoi. On aurait jamais dû accepter Aernoudt", peste encore ce cadre bleu.

"Je regrette que Didier Reynders renie sa parole devant les menaces du FDF, confie Rudy Aernoudt. Au MR, c’est aujourd’hui la dictature de la minorité : le FDF qui dicte les choix des libéraux". Pour le fondateur de Lidé, "Olivier Maingain perdait son fonds de commerce communautaire avec notre arrivée : nous plaidons pour le bilinguisme. Ça ne plaît pas à Maingain et aux séparatistes du FDF".

Aernoudt et Lidé déposeront donc des listes en Région bruxelloise et dans plusieurs arrondissements wallons - dont Liège, Charleroi, Mons et Namur.