Richard Miller: "Ce stylo n’est plus un stylo"

Rencontre , Vincent Rocour Publié le - Mis à jour le

Belgique

Cela paraît presque une évidence pour cet homme politique et de lettres. Richard Miller, député wallon et sénateur MR, était comme prédestiné à avoir un stylo comme objet fétiche. Mais pas n’importe quel stylo. Celui de ses combats politiques. Et de ses ouvrages littéraires.

Ce stylo qu’il tend comme un talisman lui a été offert par un de ses fils, âgé alors de 3-4 ans, pour son anniversaire. On est en 1985. " Mon fils avait perçu l’importance de l’écriture pour moi, commente Richard Miller. Il avait déjà compris je ne voyais pas l’écriture comme quelque chose de seulement fonctionnel. "

Le stylo en lui-même, un stylo à pompe sans prétention, n’a " pas de valeur marchande ", reconnaît son propriétaire. Sa valeur, il la tire de la forte charge affective qu’il contient. Une charge affective qui s’est constituée avec le temps. " Ce n’est pas d’emblée que l’on s’attache à un objet, confie Richard Miller. Cela vient au fil du temps, à l’usage."

Et l’usage a été intense. " Ce stylo a été de tous mes combats politiques, de tous mes discours, de tous les textes qui comptent ", explique le Montois. La base programmatique du MR a été écrite avec ce stylo. Les contours du "libéralisme social", fruit de longues discussions avec Louis Michel, ont été conceptualisés avec ce stylo. L’accord du gouvernement 1999, tributaire de la mission d’information du même Louis Michel et dont Richard Miller était le bras droit, a été écrit avec ce stylo.

" Il y a un attachement paternel évident, prolonge Richard Miller. Mais pas seulement. Aujourd’hui encore, chaque fois que je dois écrire un texte important, je commence avec ce stylo. Sinon, cela ne démarra pas. L’inspiration vient avec ce stylo. Vous comprenez bien que si je le perdais, je serais très embêté. J’ai perdu beaucoup de stylos. Beaucoup de montres. Des GSM. Je perds beaucoup de choses. Ce stylo, jamais. A tel point que maintenant, je n’ose plus le sortir de la maison. Je me méfie de moi-même. Je ne veux pas le perdre."

Ce stylo, c’est aussi beaucoup de souvenirs. Richard Miller se souvient en particulier de la période où Louis Michel a mené sa mission d’information qui a conduit à la constitution du gouvernement arc-en-ciel en 1999. Les libéraux venaient de faire un beau score aux élections. Après 12 ans dans l’opposition, ils peuvent espérer revenir aux affaires. Richard Miller est alors chef de cabinet de Louis Michel. C’est lui qui assure l’intendance de la mission d’information. C’est un boulot chronophage. Louis Michel veut rencontrer tous les principaux représentants de la société civile. Il choisit un bureau du Sénat pour les recevoir. " Cela ne s’était jamais fait comme cela ", assure Miller. Le Sénat est un peu bousculé. Le personnel rechigne à libérer la grande table qu’il convoite pour l’informateur. Mais il finit par céder. C’est évidemment sur cette belle table et sur tous les documents qui s’y trouvaient que Richard Miller a renversé son encrier. " Les membres du personnel du Sénat ont dû penser que je l’avais fait exprès ", s’amuse le mandataire MR.

Ce stylo a pris une telle importance chez Richard Miller qu’il a été le point de départ d’une réflexion philosophique. " Je me suis mis à réfléchir aux rapports que l’on entretient avec les objets, confesse-t-il. Quand on voit le manteau de la personne qu’on aime, on ne voit pas seulement un manteau, mais on voit aussi la femme qui le porte. Ce manteau n’est pas une personne. Mais ce n’est plus tout à fait un manteau. Et bien quelque part, mon stylo n’est plus un stylo non plus. C’est une partie de moi-même. Raison pour laquelle je n’ose plus le sortir hors de la maison." Une réflexion qui le conduit à son doctorat, qu’il a rédigé pendant 20 ans et qu’il a fini de présenter il y a 2 ans. " Ma thèse porte sur ce que j’ai appelé ‘l’imaginisation du réel’, explique-t-il. L’imaginisation du réel désigne le fait que le rapport entre les hommes et la réalité n’est jamais neutre. Cela vaut pour tout objet et à tout moment. Ce stylo en est un bel exemple. J’en parle d’ailleurs dans ma thèse."

Pour autant Richard Miller n’est pourtant pas nostalgique. Il ne pleure pas la montée en puissance des nouveaux outils de communication qui fait pourtant beaucoup d’ombre au bon vieux stylo. " La société se transforme et les outils qui sont à notre disposition nous permettent de faire des choses prodigieuses."

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