Belgique

Le collège de la Commission communautaire commune (Cocom), qui gère les matières relevant des deux communautés linguistiques de Bruxelles, s’est penché, hier, sur le brûlant rapport de l’Inspection des Finances concernant la gestion de l’ASBL Samusocial. Ses conclusions font état d’un manque cruel de transparence dans le fonctionnement de cette association dépendant de la Ville de Bruxelles et dont personne, par ailleurs, ne conteste l’utilité, à savoir proposer un hébergement et un suivi social aux sans-abri de la capitale. Plusieurs questions sont soulevées sur l’absence de marchés publics, un manque de transparence dans les flux financiers (certaines d’entre elles concernent directement la directrice du Samusocial, Pascale Peraita - PS), une éventuelle double subsidiation et la politique de rémunération de l’ASBL.

Yvan Mayeur, député PS, président du CPAS bruxellois et du Samusocial n’a pas souhaité s’étendre sur la teneur du rapport de l’Inspection des Finances. "La transparence pour une association qui reçoit des subventions consiste à justifier ces subventions, ce que nous faisons chaque année sans contestation , confie-t-il à "La Libre". Et le rapport - que je n’ai pas mais que je lis à travers votre article - ne remet pas en cause la justification de nos subventions. Pour le reste, je n’ai rien à dire." Rien à dire donc sur la rémunération exorbitante de la directrice mise au jour dans le document ("La Libre" de jeudi). Ni Laurette Onkelinx, présidente de la Fédération bruxelloise du PS ni Rudi Vervoort (PS), ministre-président de la Région bruxelloise et de la Cocom, n’ont souhaité livrer leurs impressions.

La Cocom a, quant à elle, décidé de transmettre ce rapport au Samusocial et lui donne un mois pour clarifier la situation. "Le Samusocial est responsable de l’organisation de l’accueil hivernal des sans-abri, commente la ministre en charge de l’Aide aux personnes, Brigitte Grouwels (CD&V). La Cocom prévoit un million d’euros pour ce dispositif. Entre-temps le Samusocial travaille avec le fédéral pour les demandeurs d’asile. Il y a plusieurs niveaux de pouvoirs concernés et c’est important d’avoir de la clarté dans le décompte des dépenses. C’est pourquoi, avec ma collègue Evelyne Huytebroeck (Ecolo) nous avons demandé cet audit. L’inspecteur des Finances pose des questions auxquelles il faut répondre de manière plus détaillée. On a une convention avec le Samusocial mais, ayant lu le rapport, ce serait bien de la peaufiner afin d’avoir des accords clairs." Brigitte Grouwels n’est guère prolixe sur la rémunération de la directrice : "Cela m’a surprise mais nous n’intervenons pas sur les rémunérations au sein des ASBL. Le Samusocial fait un bon travail qui n’est pas toujours facile mais doit le faire en toute clarté."

Joëlle Milquet choquée

Evelyne Huytebroeck ajoute que l’explosion de la pauvreté à Bruxelles a conduit à la forte augmentation des budgets du Samusocial. "Le rapport pose des questions. S’il y a des réponses tant mieux, j’aime autant qu’il y en ait" , dit-elle. Sur la rémunération de la directrice, la ministre "comprend que cela pose question" . Elle confirme que les rémunérations sont du ressort du conseil d’administration de l’ASBL. L’écologiste souhaite des éclaircissements sur les primes pointées par l’Inspection des Finances et veut "comparer les régimes salariaux dans l’associatif du secteur social" avant de se prononcer. "On mettra cela sur la table de la Cocom" , ajoute-t-elle.

Joëlle Milquet, renvoyée dans l’opposition suite aux dernières élections communales à la Ville de Bruxelles s’est montrée beaucoup plus sévère. La chef de groupe CDH au conseil de la Ville s’insurge "contre le manque total de transparence et les dépenses considérables dans les facturations émises par le Samusocial et dans les flux financiers entre le CPAS de la Ville de Bruxelles et le Samusocial et contre la rémunération excessive de sa directrice, Pascale Peraita, qui représenterait un budget annuel de 192 705,34 euros". "Eu égard à la vocation du Samusocial, cette rémunération est très choquante" , estime-t-elle en annonçant que son parti demandera un audit de l’ASBL et du CPAS de la Ville de Bruxelles.