Belgique

Pour Didier Reynders, président du MR, être favorable à une politique de sécurité, ce n'est pas une insulte mais un droit de l'homme. Elio Di Rupo, patron, du PS martèle depuis des mois et certainement depuis le premier mai (tombé cette année quelques jours après la mort de Joe Van Holsbeeck) qu'il faut renforcer la surveillance des quartiers, par des gardiens de la paix non armés mais en uniforme. Le CDH veut des communes plus sûres, Ecolo n'est pas en reste, qui refuse toutefois de surfer sur l'émotion ambiante. Bref, le mot sécurité est dans toutes les bouches, il figure, en grosses lettres, dans les programmes de tous les partis, certains l'utilisant comme un étendard, tentant de faire croire aux électeurs qu'ils n'ont jamais été en aussi grand danger qu'aujourd'hui.

Oui, le thème est porteur. La sécurité occupe bien le premier rang des préoccupations des citoyens. Quelques exemples: La Libre a commandé fin avril un sondage à Ivox, qui a révélé combien les Belges étaient demandeurs d'une présence policière accrue dans les rues (76,9 pc), d'une augmentation du nombre de caméras de surveillance dans les lieux publics (81,7 pc) et de l'imposition de sanctions financières aux parents de jeunes délinquants (44,2 pc, soit une courte majorité).

Récemment, une étude menée dans 31 villes de l'ancienne Europe des Quinze révélait que 19 pc, 22 pc et 34 pc des populations d'Anvers, Bruxelles et Liège ne se sentaient jamais en sécurité. Et à la fin de l'année passée, le premier audit urbain sur le taux de criminalité publié par la Commission européenne (les statistiques, contestées et contestables, portaient sur 258 villes) établissait que sur 1 000 habitants, le nombre de crimes enregistrés était de 117 à Anvers, 144 à Charleroi, 153 à Bruxelles et 256 à Liège, ce qui plaçait la Cité Ardente en tête du classement.

En avril 2006, un sondage présenté par la députée bruxelloise Carla Dejonghe (VLD) relevait que 36,55 pc des sondés habitant Bruxelles ne se sentaient pas, au moins occasionnellement, en sécurité dans les transports en commun de la capitale.

Ces exemples illustrent un malaise que la récente actualité (de l'équipée sauvage de Hans Van Temsche à l'évasion de Termonde ou la cavale de Kaplan Murat en passant, bien sûr, par le meurtre de Stacy et Nathalie) n'a fait que renforcer.

Pas de raisons de paniquer

Les électeurs ont-ils raison de s'inquiéter? Oui et non. Dans des matières comme celles-là, les chiffres ne disent pas tout. Les statistiques sont loin d'être parfaitement fiables, même les autorités en conviennent.

Quoi qu'il en soit, en 2003, le total des infractions, tous types confondus, était de 1 003 304 contre 979 275 deux ans plus tôt mais de 1 021 988 en 2002. En 2004, le nombre des vols de sacs à main (-20 pc), de vélomoteurs (-19 pc) et de voitures (-18 pc) était en recul, les vols à main armée chutant de 15 pc.

On notait, sur la période, une diminution des vols et des extorsions, des infractions à l'environnement, à la protection des animaux, contre les enfants et contre la morale sexuelle mais une augmentation des infractions contre la propriété, contre l'intégrité physique, contre d'autres valeurs morales et à la législation sur les étrangers. Peut-être ces nuances jouent-elles dans la perception qu'ont les gens du climat d'insécurité ambiant.

Quoi qu'il en soit, fin 2005, commentant les résultats de l'enquête dite «Moniteur de la sécurité», qui a lieu tous les deux ans depuis 1997 et porte sur l'évolution du sentiment d'insécurité dans la population, le ministre de l'Intérieur se réjouissait que ce sentiment ait reculé en comparaison avec les conclusions des études de 2002 et 2000.

Parallèlement, le sentiment de satisfaction des citoyens à l'égard de la police était, lui, en hausse. L'image de la police était même flatteuse, puisque 86 pc des personnes interrogées estimaient qu'elle fait du bon travail.

Un bémol cependant: près de 53 pc des sondés disaient ne pas connaître leur agent de quartier (66 à Bruxelles). Or, plus que jamais, et certainement dans le contexte d'élections communales, le concept de police de proximité revêt une importance capitale.

© La Libre Belgique 2006