Belgique

Se battre en Syrie, peut-être, mais le faire sans prévenir ses parents, certainement pas. Telle est la position étonnante développée par deux théologiens belges musulmans, Mohamed Ramousi et Yacob Mahi, à l’encontre des jeunes Belges partis se battre en Syrie.

"Il n’est permis au musulman d’aller combattre que s’il bénéficie de l’accord de ses parents , affirme Ramousi, un jeune théologien de Verviers, considéré par ses pairs comme une étoile montante. Cet avis tire ses sources des paroles authentifiées mentionnant que le meilleur des actes est la prière, ensuite la bienfaisance envers les parents et seulement ensuite la lutte légitime (Bukhari et Muslim)." Mahi abonde dans le même sens. L’islam considère la relation avec les parents "comme étant la plus sacrée après celle entre l’humain et le divin", nous dit-il, et impose que "tout projet de vie se discute en amont" .

La lettre des parents

Les deux théologiens ont été touchés par la lettre adressée par des parents à leurs fils partis en Syrie (voir "LLB" du 11/4). "Je partage leur inquiétude , dit Yacob Mahi, fils d’émigrés marocains, né en Belgique, et je comprends leur désespoir émotionnel extrême. Ils n’ont rien dit, et ainsi, la famille n’a rien vu venir." L’islamologue bruxellois estime que le départ de ces jeunes peut résulter de l’absence de dialogue " au sein de nos familles monoparentales, ou encore déchirées par le syndrome d’un parent absent" . Ramousi lui cite le Coran. A un homme qui propose de se battre à ses côtés, après avoir laissé ses parents en pleurs, le prophète lui répond assez sèchement : "Retournes auprès de tes parents et fais-les rire autant que tu les as fait pleurer."

Les deux théologiens sont moins d’accord sur l’idée de partir se battre en Syrie, dans les rangs des insurgés. Mohamed Ramousi rappelle que la Ligue des savants syriens a appelé les Syriens à se battre "pour défendre leurs terres" et non pour livrer un quelconque combat religieux puisqu’en face, il s’agit aussi de musulmans. L’opposition syrienne, gênée par l’afflux de jihadistes étrangers, promet de les renvoyer chez eux dès que les combats seront terminés. Elle demande surtout de l’aide financière et humanitaire. "Les juristes musulmans ont statué sur le fait qu’en dehors du cas de l’agression directe et physique vécue par le musulman sur le territoire où il vit, il n’est permis au musulman d’aller combattre que s’il bénéficie de l’accord de ses parents", insiste Ramousi.

Yacob Mahi estime que le Coran ne dicte pas toute action mais bien "l’esprit de la foi de l’individu en la justice". En vertu de cela, le texte sacré des musulmans appelle au sacrifice dans un esprit de résistance, à la manière de la Brabançonne, ajoute-t-il. "Le terme jihad, effort, a une portée spirituelle inscrite dans l’action de résistance et de sauvegarde de soi, pour contrecarrer le mal, l’injustice, la répression et la violence, afin de préserver la liberté, la dignité et le droit d’un peuple à déterminer de lui-même."

Le théologien bruxellois souligne que le terme de guerre (harb) est cité 6 fois dans le Coran tandis que celui de paix (salam) et de ses dérivés apparaît 133 fois.