Belgique

Géographe à l'Institut de géographie sociale et économique de la KUL, le professeur Etienne Van Hecke et son équipe planchent sur un atlas des régions urbaines de Belgique. Leurs travaux, effectués à la demande du gouvernement fédéral, seront finalisés courant 2007. Pour "La Libre", Etienne Van Hecke commente la carte de la Région urbaine bruxelloise, à l'heure où les termes "scission de l'arrondissement de BHV" et "élargissement de Bruxelles" sont utilisés comme des armes dans la négociation gouvernementale.

D'un point de vue géographique, la région urbaine bruxelloise englobe bien plus que le territoire administratif des 19 communes : 62 communes en font partie, de Chaumont-Gistoux dans la province du Brabant wallon à Enghien dans le Hainaut en passant par Kampenhout dans le Brabant flamand.

La région urbaine ainsi délimitée "n'est pas une entité économique à proprement parler, prévient Etienne Van Hecke, puisque nous n'avons pas tenu compte de ce que font les industries, les firmes et les services". La région urbaine est un ensemble sociologique - une zone socio-économique relativement homogène - qui tient compte de l'habitat, des migrations, du travail, des échanges entre le centre et la périphérie.

La banlieue de la région urbaine bruxelloise compte 26 communes (en gris foncé sur la carte) à connotation résidentielle. L' "agglomération morphologique" bruxelloise englobe, elle, 36 communes (19+17). Elle se caractérise par "un noyau de bâtiments continus" : "Il n'y a pas 200 mètres de non-bâtis, dit M. Van Hecke. Mais cela peut être des jardins contigus de villas". Entre le centre, l'agglomération et la région, des relations socio-économiques ont été tissées.

On remarque que le phénomène d'urbanisation de la périphérie bruxelloise est plus gonflé au Sud qu'au Nord. "C'est logique", argumente Etienne Van Hecke. Primo, il y a plus de francophones dans l'agglomération bruxelloise. Secundo, côté néerlandophone, les autres régions urbaines sont plus proches. Anvers, Malines et Louvain poussent sur Bruxelles : "Une fois à l'Est de Bruxelles, on se tourne vers Louvain pour travailler ou aller à l'école". Quant à la périphérie sud de la région bruxelloise, elle s'étend désormais tellement loin qu'elle a grignoté sur les régions urbaines de Charleroi ou de La Louvière. Le pourcentage de navetteurs est en augmentation.

Et puis, un nouveau type de mouvement a été constaté : "Pas mal de Flamands se sont installés dans le Brabant wallon, du côté de l'Est, vers Jodoigne et Beauvechain, poursuit le géographe. Le terrain est cher, plus cher que dans l'arrondissement de Nivelles, mais demeure néanmoins meilleur marché que dans l'arrondissement de Louvain". En revanche, le mouvement socio-économique inverse, des Wallons arrivant plus ou moins massivement dans une commune flamande n'a pas été relevé par les chercheurs de la KUL. Du côté flamand, l'habitude de faire la navette vers le lieu de travail est plus importante que du côté francophone, où la migration résidentielle est plus marquée.

Reste que le géographe refuse de se prononcer sur le bien-fondé d'un éventuel élargissement de la Région bruxelloise. L'argument, matraqué par les politiques francophones, pour davantage de cohérence socio-économique et pour extraire les 19 communes bruxelloises d'un carcan économique asphyxiant trouve peu d'écho auprès du géographe flamand. "Il y a une différence entre la politique territoriale et les mouvements des individus, oppose Etienne Van Hecke. Si l'on demande d'élargir les frontières de Bruxelles, commençons d'abord par fusionner les communes bruxelloises ! Cela a déjà été entamé, par exemple pour les zones de police et on en arrive à des entités plus logiques."

Elargir Bruxelles, selon des modalités à définir, permettrait d'en arriver à une entité "plus logique" ? "No comment", répond le géographe...